Sixième partie : Cambodge, de la frontière Laotienne à la frontière thaïlandaise


De la frontière laotienne à Roluos, du 14 au 29 mai 2010 :


"Sauvés, nous sommes sauvés !!! Il y a des patates douces sur le bas-côté de la route ! " Depuis le passage de la frontière (10 km), nous roulons  sur une route assez désertique : il y a quelques habitations éparses, nous ne savons pas vraiment où nous allons... nous sommes simplement guidés par notre "habituel" feeling collectif et les doux rayons du soleil dans notre dos nous indiquent la bonne direction... nous trouvons finalement un groupement d'habitations...un village dont nous avait parlé un jeune gars à mobilette, s'ajustant à notre vitesse pour discuter un brin et poser les questions habituelles concernant les enfants... Cependant, il avait l'air sceptique sur le fait qu'on puisse trouver un hébergement... on comprend mieux pourquoi maintenant. Le village est clôturé par une palissade métallique, une barrière avec un gardien permet seulement d'y accéder. De beaux toits bleus en tôles neuves émergent. Jean-Guillaume s'y présente pendant que nous autres, essayons de glâner quelques informations sur les conditions de dégustation des tubercules... ahhh zut, on oublie qu'on a plus de vocabulaire... il faut recommencer à zéro et on se trouve bien bête de devoir réapprendre le simple "bonjour" et "merci". C'est un retour en arrière linguistique, malgré nos 3 mois déjà passés en Asie du sud-est. ll faut donc oublier toutes nos habitudes prises et notre confiance. D'ailleurs, on ne trouve pas de lait pour le p'tit déj' des enfants et l'eau dans les restaurants n'est pas disponible en bombonne comme au Laos. Ici, on boit du thé à toutes les gargottes ! Pour demain, les enfants se contenteront de lait concentré sucré dilué avec de l'eau et on s'organisera mieux les prochaines fois.


Jean-Gui passe et repasse avec une personne qui visiblement le comprend mieux : c'est l'instituteur du village. Rien à faire, il ne nous laisse pas rentrer dans ce village mystère. Le jeune instituteur nous invite finalement à dormir chez lui pour la nuit . Toutes ces négociations ont pris du temps et la luminosité diminue. La petite boutique isolée du bord de route nous propose de l'eau chaude pour faire des soupes chinoises (lyophilisées), c'est tout bon pour nous ! Ca nous rappelle aussi le transsibérien. On se donne rendez-vous le lendemain pour le petit déjeuner avec les beignets de patates. Bonne nuit "Cambodge" et vivement demain qu'on découvre ton visage.
Nous passons une bonne nuit : environ 13 sur la même dalle en béton toute neuve, ou plutôt toute fraîche : elle suintait encore d'humidité.
Nous n'apprendrons rien de plus sur cette ville mystère où les étrangers ne sont visiblement pas les bienvenus. Et pourquoi l'instituteur vit, lui, à l'extérieur de l'enclos ? Le colonnel moutarde dans la salle à manger attend de trouver l'indice...
Nous repartons le lendemain pour Stung Treng où nous espérons prendre le bateau dès le surlendemain pour rejoindre Kratie...


Premiers coups de pédales au Cambodge.

 
La p'tite boutique et les beignets du matin.


Habitat local proche de la frontière.

Finalement cette route un peu plus monotone me laisse le temps à la réflexion...mon esprit divague et prend doucement conscience que nous sommes enfin dans ce pays dont j'ai tant rêvé...Il faut vous expliquer que sur cette partie du voyage, nous avons bien envie de nous laisser guider par les conseils de Nathalie et Fred, nos amis corses, que nous avons appris à découvrir durant notre année de préparation à ce voyage. Nathalie et Fred ont vécu 12 années au Cambodge. Ils y ont crée OSMOSE dont l'objectif principal est de sensibiliser les cambodgiens à leur environnement en proposant un tourisme responsable dans des sites naturels témoins d'une osmose entre l'homme et la nature. OSMOSE est basée à la lisière ouest du Tonle Sap, le poumon du Mékong. Nous en reparlerons plus tard, mais si vous voulez déjà en savoir plus, je vous laisse découvrir leur projet sur le lien suivant : http://www.osmosetonlesap.net

Tout cela pour vous dire que pour moi, le décor qui se déroule devant nous, c'est un peu comme si j'avais déjà vu le documentaire à la télévision, il y a très longtemps. Je me rappelle ces moments passés devant la carte avec Nath, puis avec Fred pour les compléments, j'en ai les poils qui se dressent contre le vent. Ca me fait bizarre d'ouvrir à nouveau la même carte, avec cette fois-ci, les paysages devant mes yeux. Nous relisons tous ensemble mon carnet de notes...

D'ailleurs, avant d'aller plus loin et puisque cette fois-ci, nous visiterons le pays en une seule fois, je vous propose de connaître à l'avance l'itinéraire projeté :

 

 


Petit détour par les pistes.

En début d'après midi, nous sommes à Stung Treng. Sur notre itinéraire (avec quelques crochets pour cause de travaux...), nous visitons une petite entreprise, qui tisse la soie. "Mekong Blue" est la marque d'une ONG locale, qui aide les femmes de la province en les formant aux métiers de la soie, ainsi qu'en leur fournissant un programme d'aide à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Dans cet atelier, le fil de soie que tissent les femmes provient essentiellement du Vietnam. Cependant, il y a quand même un "atelier-école" de production de soie pour la connaissance et la démonstration. La réalisation de la soie et le travail qu'elle exige sont si précis et complexe que je préfère vous laisser découvrir le processus en images:

     
    Les jolis vers s'alimentent de feuilles de murier.        Les cocons des vers qui deviendront soie.

            
D'abord, il faut chauffer le cocon et on en extrait un fil grossier, style ficelle à rôti en texture. Ensuite, on chauffe à nouveau et on affine le fil. Les machines ci-dessus sont toutes des fileuses à différents stades de finesse. 

  

Ensuite, on y met de la couleur : là encore, on chauffe, on trempe et on malaxe avec des pigments ou encore des écorces.

             
           Enfin la vrai bobine, prête à l'emploi!                           Plus de couleurs.


Le métier à tisser. Il faut cinq jours pour l'apprêter. Selon les modèles, on y fait 20 ou 25 écharpes. 


Le travail s'accomplit.


Les produits finis.

A Stung Streng, on cherche éperdument un bateau pour descendre le Mékong jusqu'à la ville de Kratie...en vain...la nouvelle route nationale n° 7, qui descend à celle-ci, est terminée depuis 2007 et le trafic fluvial est maintenant quasi inexistant.
Soit, avec regrets, nous enfourchons nos vélos vers 11 heures, avec pour seul objectif : Kratie.
La première journée est un peu dure, car la route n'est pas si terminée que ce qu'on nous en avait dit : il y a de nombreux tronçons de piste avec un revêtement de graviers et des camions qui roulent à "fond les ballons" ! (dixit Jeanne et Cylia). Bah oui, c'est une vérité : la raison du plus gros étant la meilleure, les camions sont les rois de la route au Cambodge ! Heureusement, ils s'écartent suffisamment et nous klaxonnent bien à l'avance. Donc, on a le temps de réagir.
Nous ne voyons plus le Mékong et la chaleur se fait ressentir...dire qu'on aurait dû se la couler douce sur ce  fleuve mythique. Bon, à chacun ses frustrations. C'est dit.




 
Notre hôte et notre campement pour la nuit entre Stung Treng et Kratie.



Une centaine de kilomètres après Stung Treng, on quitte la nationale 7 pour une route jaune (à nos risques et périls car on connaît parfois la qualité de ce type de route...) qui rejoint plus rapidement les rives du Mékong. A partir de là, et pour 150 km, on découvre réellement le pays et ses habitants. Cette partie est la région la plus peuplée du Cambodge et pour moi, la plus belle section aux côtés du Mékong, depuis qu'on le suit. Il faut dire que la route (la piste, voir même le sentier) surplombe souvent le fleuve et incite largement à flâner, ce que nous ferons allègrement.
Notre proximité avec l'eau égaie et humidifie l'atmosphère. Divers corps de métiers s'y déploient et nous sommes intrigués par quelques nouveautés, spécifiques au pays :

Ici, la glace s'achète par bloc, transportée à l'arrière d'une charette depuis la ville, découpée à la scie et conservée dans de la glumelle de riz (on a du chercher ce mot alors on vous laisse chercher à votre tour, y a pas de raisons !).


Petits cubes de glace pour boissons fraîches.

  
Les épouvantails devant les maisons sont là pour repousser les fantômes.


Ici, un piège à insectes : un néon sur batterie accroché à une bâche transparente que l'on déroule la nuit. Les insectes, attirés par la lumière, viennent heurter la bâche et tombent dans la réserve d'eau. Une belle brochette pour le petit déj' en perspective.



Transport de vannerie.

Un midi, notre filtre à eau nous lâche (cartouche usée jusqu'à la moelle), il faut qu'on solutionne notre approvisionnement. Dans les restaurants, ils servent du thé glacé et non de l'eau potable. Dans les maisons, ils font bouillir l'eau. On privilégie les pompes à eau souterraine et on filtre avec nos serviettes en microfilamment, maillées à 1 micron. Ensuite, on traite l'eau avec des pastilles de micropur. Une nouvelle cartouche va nous être envoyée à Phnom Penh par notre partenaire Chullanka. Dans les villes, on achète les grosses bombonnes de 20 litres, consignées. Cela nous revient à 1 dollar les 20 litres.


La pompe !

  
Le filtre !


Voilà à quoi ressemblent nos petits déjeuners dorénavant :

  
Un petit tour de marché à 6 heures du mat' pour le premier levé, et c'est le festival des découvertes gustatives.
dans notre "Home Sweet Home" d'une nuit (ci-dessous).

 

Lorsqu'on rejoint le Mékong :

 


Une charette devant chaque maison.

 
Sculpteurs et forgerons.

 
Des femmes qui trient les tiges de lotus, destinées à la soupe locale. En voici la section sur la photo de droite.


Notre premier village lacustre.

 
Les baignades du midi pour se "rafléchir", comme dirait Jeanne.

 
Le poste de lessivage devient rapidement un plongeoir pour nos petites patates.

Nous arrivons à Kratie en début d'après-midi. Notre guest-house est face au Mékong, proche du marché. Pas de petits vélos, mais 4 hamacs disponibles. Bref, conditions idéales. On y reste finalement deux jours pensant enrayer la fatigue de Jean-Guillaume (qui dormira d'ailleurs toute la journée), et assurer un bon repos pour Cylia et Clément, qui accusent tous les deux le coup de diarrhées persistantes.

A Kratie, une bonne nouvelle, notre contact de TNT nous appelle pour nous dire que la carte bleue de Jacques est enfin arrivée à Phnom Penh ; la directive que nous donnons est claire : "ne l'envoyez plus nul part, on passe la prendre dans 3 semaines. Merci". 
 
Comme souvent dans les villes, nous rencontrons d'autres voyageurs. C'est le cas de Loriane et Marco et leur petit garçon Yahel. Leur histoire nous a simplement touchée : Lui est italien, elle est française, originaire du sud de la France. Ils avaient tous deux l'idée d'un voyage en Asie. Le rêve germe et les dates sont arrêtées. Mais voici une petite surprise qui annonce sa date au milieu du périple. Ils décident de partir quand même et Loriane accouche à Hanoï en Janvier. 2 mois après la naissance de Yahel, leur voyage itinérant peut commencer. C'est une petite famille épanouie que nous avons croisé.

Nous rencontrons aussi Sébastien, Marion et leurs enfants Timeo, 4 ans et Julia, 6 ans. Ils sont partis il y a douze mois du Vercors pour un tour du monde avec quelques longues escales. Là aussi, un chouette échange pour petits et grands.


C'est en discutant avec d'autres voyageurs que nous prenons aussi conscience que nous n'avons pas la même appréciation des distances. Le plus flagrant étant Daryl, un américain, que nous avons également croisé à Kratie. Il était la veille à Hanoi et faisait un tour d'une semaine au Cambodge, une semaine au Laos et il lui reste une semaine pour visiter la Chine. Nous qui venons de Hanoï (rappelez-vous il y a 4 mois), ça nous fait drôle de ce dire qu'il y était hier et qu'on boit une bière ensemble ce soir. Pour lui, c'est si proche, pour nous c'est si loin...
A contrario, en ville ou dans les villages, on circule rarement à pieds, car tout nous semble plus loin et surtout trop long...alors c'est encore le vélo qui nous y promène.

 

De Kratie à Kompong Cham, ce qui nous surprendra le plus est la grande communauté musulmane qui y vit.  Pendant quelques kilomètres, on a le sentiment d'avoir changé de pays. Nous traversons le Mékong pour changer de rive sur les conseils des locaux. Nous sommes à une trentaine de kilomètres de Kompong Cham. Il n'est que 16 heures. A la demande des enfants, on se baigne. D'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à venir nous rafraîchir.


 
Baignade à l'arrivée de la barge avec les chevaux.

Nous décidons de dormir en face du débarcadaire, où un cyclovoyageur belge nous a indiqué une guest-house. Sauf que...pour la première fois du voyage, nous trouvons les lieux trop sales et trop glauques pour nos petites patates. Ce sont des espèces de garages, sans fenêtre et avec des bouts métalliques rouillés, qui dépassent de partout. Nous remontons sur nos vélos en quête d'un hébergement. Finalement, c'est au temple que nous serons une fois de plus accueilli. Nous ne comprenons pas encore tout, mais l'ouverture de ces lieux de prières et de cette religion nous émerveille toujours autant.

 
Habituellement, il n'y a jamais plus d'une dizaine de moines vivant au temple; cette fois-ci, la pagode abrite une école. Le matin, un gars qui parle anglais est venu nous saluer et nous avons pu échanger un peu.

Le chemin, toujours aussi joli (sans photo car nous n'avons plus de batteries depuis deux jours) nous mènera à Kompong Cham pour la sieste des enfants après la dernière baignade dans le Mékong. En chemin, nous croisons Sébastien et Marion à scooter avec les enfants. Ils nous indiquent la guest-house où ils logent et nous nous y donnons rendez-vous pour l'apéro du soir.


La vie à Kompong Cham.

Car ce soir, c'est The grand soir...le grand Schtroumpf Patate Douce souffle ses 35 bougies ! Avant l'apéro, tournée de manège pour les enfants :

  
  


Pour le plaisir des petits et des grands...

Les choses sont bien organisées : le resto est réservé, les frites déjà commandées pour les lutins et la tranquilité assurée pour les parents. Merci à Sébastien et Marion d'avoir partagé ce moment avec nous. Peut-être se revoit-on à Sieam Reap, sinon, bonne fin de voyage.


Et le lauréat du jour reçoit une valise customisée pour que Mister Douce puisse oeuvrer à nouveau. La valise n'est pas vide, ti-punch et vin nous accompagnent toute la soirée...quelques friandises pour requinquer notre Jean-Gui, qui a du mal à se débarrasser de cette fatigue chronique. Un peu de couleur locale en bonus...le pagne que portent les hommes dans les villages...et le tour est joué ! Je ne manque pas de vous montrer ce qu'est un "vrai" gâteau d'anniversaire au Cambodge :


Les jolies patates Clabaut.


La bonne soirée passée ne suffit pas à retaper notre Jean-Gui et la famille Clabaut décide de faire route jusque Kompong Thom à bus demain. Nous prenons donc le départ seuls ce matin, il nous faut deux jours pour y arriver. Nous nous donnons rendez-vous au Sambor Prei Kuk, que nous souhaitons tous visiter.  


Kompong Cham, une dernière vue sur le Mékong que nous quittons. Les clabaut emprunterons ce pont en bambous pour une petite ballade sur l'île de Koh Pene.

A 2 km de la ville, première escale à "Phnom Srei", ou "la montagne des femmes", que nous visitons avec les enfants. Notre première rencontre sur place est un singe, certainement attiré par les régimes de bananes que vendait un commerçant ambulant. La montée est ardue, mais le sommet des temples nous récompense par un beau panorama sur la ville et les environs.

 
Phnom Srei.


Notre invité surprise.

Sur la nationale, beaucoup de camions et quelques tronçons en piste nous font préférer une route secondaire, qui sera finalement de meilleure qualité et plus sécurisée.


Les hévéas cachés par les bananiers...sur plusieurs hectares...

On roule une cinquantaine de kilomètres l'après-midi, mais nous n'atteignons pas le carrefour susceptible d'avoir une guest-house pour nous recevoir. Nous demandons l'hospitalité dans le village de Ta Prok. Un jeune homme, nommé "Shortears" nous accompagne à la pagode. Cependant, les moines pensent que nous n'y serons pas en sécurité car il n' y sont que dix à y vivre, dont 8 très jeunes. On ne comprend pas bien pourquoi, mais bon... Shortears, qui parle très bien anglais nous invite chez lui. Nous acceptons. Nous serons réellement installés chez sa soeur et son père, qui vit avec sa famille. Lui, est ici de passage, il a une femme et un petit garçon de 1 mois à une cinquantaine de kilomètres. Il a dû les laisser pour venir gagner un peu d'argent : il travaille dans une plantation d'hévéas. Ici, pas d'éléctricité, ni d'eau courante. On se débrouille avec l'eau de pluie récupérée et des bougies. Cela plaît beaucoup aux enfants.

 

  
La maison de la soeur de Shortears.    La douche.                      


Jacques et Shortears.

Le repas terminé, notre hôte nous demande si les gens attendant en bas de l'escalier peuvent monter nous voir. On répond oui et c'est une dizaine de personnes qui entrent. Ils sont curieux et posent beaucoup de questions par le biais de Shortears qui traduit. Une heure plus tard environ, tout le monde redescend, nous sommes lessivés (couchés à 2h00 la veille pour cause d'anniversaire...ça commence à tirer..). Les enfants dorment déjà bien sûr... On s'allonge sur les nattes pour se réveiller le lendemain vers 5h00 par un bruit métallique, c'est notre hôte qui répare l'axe de la roue de son motoculteur. Les enfants dorment jusqu'à 7h00 tout de même. A 8 heures, après une soupe de nouille, de fleurs de bananiers et de tiges de lotus, nous remercions toute la famille en la dédommageant financièrement et nous roulons...

Rapidement un nouveau stop à la vue de beignets de ces précieuses patates douces sur le bord de la route...on a déjà du thé dans notre gourde, il y a un toboggan, on se fait une pause à deux kilomètres du départ ! Ca devient une habitude.


 

 
Pause "after p'tit déj'"...mais, on se sent quelque peu observé...le toboggan était un indice : on est dans l'enceinte d'une école !  

Sur le chemin, tout le monde balaie aux alentours des maisons, cela ressemble à un " nettoyage de printemps"; c'est comme si toutes les parcelles qui seront en eau à la saison des pluies, sont aujourd'hui nettoyées et on brûle les déchets, afin que l'eau recouvre une place propre. Nous apprenons que la saison des pluies est tardive cette année. En effet, nous ne roulons jamais sous la pluie. Parfois quelques gouttes et c'est déjà fini. 

 La route est semée d'embûches...

 
Ici, un petit contrôle de police. Heureusement juste curieux.

Le soir, nous avons rendez-vous avec les copains au Sambor Prei Kuk. Pour s'y rendre, il faut quitter la nationale pour suivre une piste sur une vingtaine de kilomètres. Un "resort" doit nous attendre au bord du site. Au bout de la piste, nous avons 89 km au compteur (record d'étape au passage) et nous ne voyons toujours rien. Devant la guitoune du "tourist information", on explique notre situation. "no have hotel" nous répond le gardien en balançant sa tête et sa main de gauche à droite, mais avec le sourire cambodgien de rigueur."ok".

Pour nous, impossible de faire demi-tour à cette heure-ci. Et puis, il faut retrouver Jean-Gui et Caro. Finalement quelqu'un d'autre arrive et nous dit qu'à 1 km, il y aura de quoi dormir. 1 km plus tard, il y a bien des carbets, mais personne, ce sont des restos et ils n'ouvrent que le midi...ou plutôt.. si, il y a une dame...seule...un téléphone portable à l'oreille...On tente de lui expliquer la situation...On voudrait aussi utiliser son téléphone pour appeler les copains. On lui montre des billets, on lui mime qu'on va la dédommager...elle ne parle ni anglais, ni français et visiblement ne nous comprend pas du tout !!! Elle nous tend la main et le téléphone à plusieurs reprises, mais le retire toujours en souriant et en disant non timidement.  Soudainement, son mari arrive en scooter. En deux temps, trois mouvements, il embarque Jacques sur son deux-roues. 20 minutes plus tard Jacques revient :
"Chantal, c'est pas compliqué, y a deux solutions:
A 2 km, un gars super gentil parlant anglais nous invite chez lui...c'est un peu bruyant...il y a un mariage..
Ou bien environ 2 km plus loin, il y a un village avec possibilité de Home-stay "(nuit chez l'habitant).

On est épuisé, il fait bientôt nuit : on opte pour la première solution. Jacques discute avec diverses personnes intriguées de notre venue  pendant que je décharge les affaires. On trouve enfin un téléphone pour appeler les Loulous. Surprise, ils sont à 1 km  dans un Home Stay. C'était sans doute la meilleure option pour se reposer car la mariée n'est autre que la fille du chef du village, il y a environ 150 convives et la musique ne s'est pas arrêtée de la nuit. En même temps, vu qu'ils n'ont pas de voisins...ça gêne qui ? Nous sommes bien-sûr invités à la fête, mais je reste avec les enfants de ce côté-ci de la piste vu le niveau sonore. Nous faisons quelques pas de danse sur le balcon avant de se coucher. Jacques ira faire un tour le soir même.  Beaucoup de danses et de karaoké s'enchaînent. Le lendemain, nous faisons plus amples connaissances. Ici, il n'y a pas d'eau courante non plus, mais il y a une pompe, donc l'eau est fournie à volonté. J'en profite pour faire une grande lessive avec Jeanne. Joseph se trouve des nouveaux copains, qui lui apprendrons un jeu  de "pétanque-galoche" avec des graines de haricot géant. Les enfants les offrent à Jeanne et Joseph au moment de partir.

 

 
Les nouveaux copains du matin. La grande lessive.

 
                          Le mariage. Les graines de haricot géant.

 

Petite appartée sur le supplice de Jean-Gui :

Suite à une forte dysenterie, accompagnée d'une grosse fatigue, que je traine depuis plusieurs jours, avec Caro et les enfants nous avons décidé de rester un jour de plus à Kompong Cham (où j'avais soufflé mes bougies) pour rejoindre ensuite Chantal et Jacques sur la route, en prenant un bus.

Une fois les deux carrioles, ainsi que le vélo de Caro, rangés dans les soutes à bagage, celles-ci affichent complet et mon vélo doit monter avec nous dans le bus. Pour plus de facilité j'enlève la selle que je pose sur le siège contre lequel mon vélo est appuyé.
Le voyage se déroule sans encombre et nous voyons défiler le paysage à une vitesse à laquelle nous n'étions plus habitués. Arrivés à destination nous comprenons que les employés du bus ont un horaire à tenir car ils nous pressent pour décharger tout notre barda. Les affaires en soute sont jetées sur la parking, Caro sort du bus avec les enfants et les affaires que nous avions pour la route et quand je monte pour récupérer mon vélo je tombe nez à nez avec l'employé qui en a fait son affaire et qui me le jette dans les bras. Abasourdis, nous regardons notre bus repartir en trombe et procédons à un rapide inventaire des troupes et des affaires : les enfants sont là, les deux carrioles et les deux vélo aussi, mais ... un élément manque au mien ... ohhh non !!!!! La selle est restée dans le bus, posée sur le siège !!!! Continuer sans selle ne m'enchante que très peu et vu la difficulté que nous avons à trouver des pièces de rechange aussi basiques que des patins de frein, j'imagine difficilement trouver une selle avec un tube adapté au cadre, et à ma taille de surcroit, dans ce trou paumé où nous venons de nous arrêter. Est-ce la fin du voyage? Non vraiment trop pathétique et ridicule comme fin !

Alors que je suis en train de me morfondre sur l'avenir de mon postérieur, Caro, beaucoup plus lucide, me lance : « arrête une moto et poursuit le bus ! ». Mais oui bien sûr, voila la solution !
Un moto-taxi qui devait nous observer comprit immédiatement car il arriva aussitôt vers moi. Je monte à l'arrière ... aïe, pas de cale-pieds, ça ne va pas être confortable comme course-poursuite. Mon pilote ouvre les gaz et me voici à nouveau sur la route pour essayer de rattraper le bus. Celui-ci a une bonne minute d'avance sur nous et nous ne l'apercevons que dans les longues lignes droites. Heureusement il est orange et il se voit bien, mais Dieu qu'il va vite ! Au bout de 10 minutes nous ne l'avons toujours pas rattrapé, c'est à peine si l'on arrive à maintenir la distance qui nous sépare. Je me traite de tous les noms d'oiseaux qui me passent par la tête en me disant que c'est vraiment un comble que d'oublier sa selle !!! Quelqu'un qui a la dysenterie en plus, même Polpot et ses généraux n'ont jamais imaginé une telle torture tant elle dépasse l'entendement. A l'heure qu'il est je les imagine bien pris d'un fou rire dans leur tombe. Et le bus n'est toujours qu'un point orange au loin. Sur mes moignons de cale-pieds, les sandales n'étant même pas attachées, je commence à tétaniser. Désespéré, mon esprit divague et je pense à Jacques en l'imaginant aborder la situation avec son flegme légendaire : « bon écoute Jean-Gui c'est pas bien grave, moi si tu veux je peux te bricoler une nouvelle selle avec du bambou et une noix de coco ». Chauffeur, plus vite, il faut absolument rattraper ce bus !!!!

Au bout d'1/4 d'heure le miracle se réalisa enfin. Le point orange grossit et devient cubique. Le bus s'est arrêté. L'employé qui m'avait déchargé mon vélo me voit apparaître les yeux grands écarquillés. Lorsque je retrouve ma selle, posée sur le siège, je suis si heureux que je l'aurais embrassé si tous les passagers du bus ne m'observaient pas. Ceux-ci me salueront d'ailleurs avec un immense sourire aux lèvres.

Quelle épopée !

Jean-Guillaume

 

Les Clabaut arrivent vers 9h30 pour nous prendre au passage. Nous sommes tous heureux de nous retrouver !! Jean-Guillaume n'est pas dans une forme exceptionnelle (jambes encore lourdes et diarrhée persistante), mais ça va mieux ! Alors, c'est parti pour une visite de Sambor Prei kuk, la première capitale du Cambodge au 6ème siècle, berceau de la civilisation Khmer d'avant Angkor, que nous visiterons aussi au nord de Sieam Reap. Il y a une centaine d'édifices. Au-delà de la visite historique, c'est une superbe ballade pédestre que nous faisons. Ca dégourdit les gambettes et cela rappelle aux enfants qu'ils ont aussi des jambes qui leur servent à avancer.

 
                       Les lions aux crinières bouclées.  Un temple phagocyté par un banian.                    

 
La nature reprend parfois ses droits.

 

Le repas étant terminé, les enfants bien défoulés, nous repartons par une autre piste, moins fréquentée par les routiers à notre grande et agréable surprise.

Sur le chemin encore au sec, nous rencontrons :


Les écoliers.

Le décor est magnifique encore une fois :  

 

Le retour à la nationale devait nous rapprocher de l'étape du lendemain. Mais le choix de la boucle nous fait revenir en arrière et nous sommes de nouveau à Kompong Thom. Ce n'est pas grave, l'étape de demain devrait être assez courte... en théorie.

La journée du 27 mai.

Après un bon p'tit-déj', bien copieux, nous quittons (pour la deuxième fois donc) Kompong Thom vers 9h00. Gonflés à bloc, car aujourd'hui, nous sommes tous ensemble pour pédaler. Il y a 50 km à faire, mais c'est tout plat. Ca devrait être facile car on vise une guest-house déjà repérée sur un guide et notre carte. De plus, on y a rendez-vous avec des crocodiles. Ok, jusque-là, c'est une matinée normale. Bon, mais depuis Kratie, on a une nouvelle carte du Cambodge, plus détaillée. Donc, on voit mieux les itinéraires bis... et donc de nouvelles possibilités s'offrent à nous : on choisit alors une petite route grise qui devrait éviter, sur environ 20 Km, les camions et bus de la nationale 7, voire même nous raccourcir un peu le trajet...


Petite halte aux fruits avant de s'engager sur la piste.


La route est magnifique, le paysage ouvert, encore assez sec, la digue ou le sentier très agréable. On rebrousse chemin une fois, mais on retombe assez vite sur la bonne trace...Cet itinéraire nous rappelle ce que nous sommes venus chercher : de grands espaces de nature enivrant, à contempler et respirer sans modération

 

 
Les patates à nouveau calées!

 


Barque attendant la montée des eaux.


Quand les patates hésitent...c'est souvent qu'il faut faire demi-tour..."stung? schlounk? Vas-y essaie-toi."
"Schoumph?...Siem Reap?..bon allez, ça veut pas, ça veut pas...allons à Stung, qui était bien identifié dans notre dos...une route en face du temple, m'a dit un vieux monsieur." "Rien de plus simple, une route en face d'un temple..."
Nous sommes à la recherche de deux lacs qui doivent être le lien entre notre itinéraire bis et la nationale n°7.

 
Il y a énormément d'animaux qui viennent s'abreuver aux deux lacs. On a l'impression d'être dans un safari animalier. Les groupements de palmiers sont l'image que j'ai d'un oassis dans le désert.
Et si on s'arrête de pédaler, il y a un silence aussi grand que l'espace. C'est époustouflant.

Reste les 3 derniers kilomètres...où, l'heure de midi s'approchant, le soleil au zénith, il n'y a plus une goutte d'eau fraîche dans les gourdes (nos tissus sont secs de chez secs), on commence à douter de l'itinéraire, il n' y a plus personne sur notre chemin et il faut...poser pied à terre car il y a du sable.
On transpire tous notre dernier litre de sueur, mais ça finit par passer...heureusement, le paysage nous permet de voir assez rapidement la nationale 7. On pousse donc nos lourdes montures motivés par cette vision, s'entraînant les uns, les autres...Ca s'appelle une "petite galère"..
Le tunnel de végétation qui termine cet itinéraire bis nous récompense. Il est verdoyant de nature. 


Itinéraire "numérobis" du bis pour éviter le sable.


Vue sur la nationale, au loin.


Et le finish dans la verdure!

A 11h 58, on est tous sous un carbet à l'ombre, contemplant le deuxième lac pour déguster le repas.


Tout le monde dévore le riz + poulet frit + légumes frits et oeufs sur le plat.

A 15 heures, on redémarre : il fait encore chaud, le soleil est de face, on crême les pieds des enfants et on roule une bonne heure. Les petites patates s'endorment rapidement. La borne kilométrique indique encore Stung à 20 km, Passant notre temps à répondre aux salutations des locaux, on ne s'était pas rendu compte que le ciel s'était couvert. Tout d'un coup, on voit au loin la poussière qui se soulève et les riverains porter leurs mains aux yeux. Rapidement, le vent souffle si fort que notre poids complet sur la pédale ne suffit plus pour avancer et pour la deuxième fois de la journée, on pose le pied à terre. On en profite pour fermer les carrioles des enfants, boire un coup et se rassurer que ça va passer. Jacques et moi sommes en deuxième position, on regarde  Jean- gui et Caro qui sont 50 mètres en avant. Avec fierté, on voit nos copains enfourcher à nouveau les vélos et amorcer le premier coup de pédale contre Eole. Ok, s'ils le sentent, nous aussi ! On change de pignon, et c'est reparti. On avance pas vite (seulement 8 km/h) mais on avance, alors autant continuer. C'est d'ailleurs plus frais pour nous...tous les cyclistes qui pédalent avec nous dans la même direction galèrent de la même façon : tout le monde compatit. En revanche, ceux que nous croisons ont le sourire jusqu'aux oreilles. Ces échanges furtifs avec les locaux sont nouveaux et finalement assez amusants. Au bout d'une demi-heure, la puissance du vent s'amoindrit et nous retrouvons un rythme satisfaisant. Il n'y a plus ni bourrasque, ni tourbillon de sable...."plic, ploc,...qu'est-ce-que?... plic, plac ploc"...La pluie commence à tomber...Nouvel arrêt : on rajoute les capotes étanches de guidon, Les enfants dorment toujours.
Cette pluie, c'est encore une récompense. Elle nous rafraîchit et en même temps elle détend l'atmosphère. C'est comme si toute la nature se dresse pour la recevoir, le paysage semble tout d'un coup plus vert et plus vivant. La vie reprend ou plutôt continue simplement : pendant les bourrasques de vent, les riverains voulaient nous mettre à l'abri, pendant la pluie, les activités sont à peine modifiées : les enfants jouent dans les flaques et se douchent sous les gouttières...
Au loin devant nous, deux petites taches fluos, ce sont les chasubles des Clabaut. Toujours sur la même longueur d'onde : ils tiennent bons et avancent vers les crocodiles!


Bourrasques de sable au loin.

 


La pluie n'arrête personne : vendeur de glace et vendeur de ballons ambulants.

Notre arrivée à Stoung se fait donc sous la pluie, nous trouvons "The" guest-house, auprès de l'hôpital et....les fameux animaux à grande gueule...Visite express le soir même pour les petites patates Steiner, car "chose promise, chose dûe!".
Chacun vaque à ses occupations durant une heure et on se retrouve tous au restaurant autour d'un "ti-punch ambré", car cette après-midi sous la pluie, nous avons franchi les 3000 km !!!

Le lendemain, c'est toute la troupe qui ira observer les reptiles. La petite histoire, c'est qu'on avait lu dans un guide qu'il y avait un enclos à crocos en face de l'hôpital. Je ne sais qui l'a dit aux enfants le matin, mais c'était devenu le "leitmotiv" de la journée passée. Alors, on interroge la tenancière d'une gargotte, qui nous dit aussitôt..."Crocodiles, I have". Un peu surpris d'arriver si vite à son but, Jacques la suit lorsqu'elle le conduit, en passant sous la maison, jusqu'à une espèce de construction abandonnée en briquettes rouges ...à peine 1,5 mètres de hauteur et une quarantaine de crocodiles se doraient la pilule sous nos yeux.


"tranquille mi-mille", mais...t'approche pas trop quand même.

La route jusque Roluos est l'ancienne route khmère qui menait à Angkor. On y avance assez vite, le vélo est un moyen de déplacement ni plus ni moins...il permet quand même de cotoyer quelques spécificités locales, comme l'ancêtre des sacoches, avec "top-case" intégré :

 quelques commerçants :

 
                         Des outils forgés.                          Des plats en argile.    

Et bien sûr les écolières :


A l'abri sous les feuilles.

Chantal.

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De Roluos à Phnom Penh, du 30 mai au 18 juin 2010 :

Nous atteignons Roluos en fin de matinée, une grosse bourgade où se situent les premiers sites angkoriens, à moins de 15 km de Siem Reap. Mais, me direz-vous, "pourquoi une telle halte dans ce bled dont le nom sonne comme un mauvais prénom italien ?". En fait, nous y sommes attendus.... ceci mérite quelques explications. Vous connaissez maintenant Fred et Nathalie, les "parents" d'OSMOSE. Et bien nos deux amis, non contents de réaliser ce grand projet sur le lac Tonle Sap, ont également pris la responsabilité de parents durant leur vie cambodgienne, en adoptant une fille, Ohn, qui a aujourd'hui 23 ans. Sa "famille", au sens large, habite elle à Roluos et nous sommes invités pour y passer quelques jours. C'est pour nous un privilège que d'être introduits dans une famille cambodgienne, et qui en plus est adorable.

Nous contactons donc Ohn après notre déjeuner. Par chance, nous sommes samedi et elle ne travaille pas. En fait Ohn habite à Siem Reap et il lui faut une demi-heure pour nous rejoindre devant le marché de Roluos. Parfait, juste le temps nécessaire pour faire connaissance avec les poissons du lac...

                         Au marché, .....                                        .... avant d'être accueilli par Ohn et Tim.

           

Ohn arrive en trombe, à l'arrière d'une moto, conduite par son mari Tim, de nationalité belge. Ils sont beaux, ils sont jeunes, tout deux ont des emplois à responsabilité, bref, ils ont tout pour être heureux. Nous les suivons jusqu'à la maison de...???? ses parents juste derrière le marché ?! Bon, personnellement je n'y comprenais plus rien. Je m'étais imaginé qu'Ohn était orpheline et que pour cette raison Fred et Nathalie s'étaient occupés d'elle pendant sept ans. Donc pour moi, rencontrer ses parents relevait de la science-fiction. Ce doit être mon côté "j'atteris trois jours après les autres" puisque le reste de la troupe ne s'étonne de rien, mais j'assume (de toute façon je n'ai pas d'autres choix). Quoiqu'il en soit, la maison sur pilotis de M. et Mme Plock est un vrai havre de paix pour nous : une cour fermée, des vélos pour les enfants, des bassins d'eau de pluie, des animaux de basse-cour, un abri pour nos fidèles montures, un espace de vie gigantesque à l'étage, tout en bois patiné par le temps, et.... et... des sourires sincères : ceux de la maman de Ohn, de son petit frère, ainsi que du frère cadet, de sa femme et de leur fille qui habitent juste en face. C'est sûr, on va s'y plaire. Le père est en déplacement sur Battambang, nous ferons sa connaissance plus tard.

Ohn et Tim nous quittent avant le dîner. Nous les reverrons sur Siem Reap. La maman de Ohn ne parle pas anglais et pourtant, on sent bien qu'en dehors des véritables festins qu'elle nous prépare, elle voudrait échanger plus avec nous. Elle se montre curieuse et attentionnée, avec les enfants notamment, sans doute car il est plus aisé d'établir le contact par l'intermédiaire de ces petites patates qui décidément sont de véritables aimants. Mais comme tout aimant, ils ont deux pôles, alors parfois ils s'attirent et la minute d'après ils se repoussent. Pas toujours facile à gèrer...

Le lendemain de notre arrivée, notre Jean-Gui n'est toujours pas au mieux de sa forme, c'est le moins qu'on puisse dire. Nous en avions discuté avec Ohn la veille et elle nous avait conseillé d'aller consulter à l'hôpital royal international de Siem Reap. Donc c'est décidé, Caro et Jean-gui montent dans un tuc-tuc en fin de matinée, de toute façon c'est le moment de se refaire une santé, et pour toute la troupe d'ailleurs, puisque nous allons nous sédentariser pendant ... 4 jours.


Confortablement installé dans leur batmobile : le couple Clabaut, en partance pour l'hopital royal ...

Quatre jours pour prendre le temps de petit-déjeuner, de flâner dans les rues et sur le marché, de s'arrêter dans les cours des maisons, de se doucher sous la goutière pendant l'orage, d'échanger des sourires et des bribes de discussion, de chatouiller les cochons et autres animaux domestiques, et de partager les toboggans avec les écoliers,... 

Le marché bien achalandé par les pêcheurs du Tonle Sap          Les oies de notre famille d'accueil

     

Petite réflexion : les cambodgiens sont curieux, ils nous posent des questions dans leur langue, sachant pertinemment que nous ne la parlons pas mais pour eux est-ce seulement un problème ? On sent qu'ils ont simplement envie de nous dire des choses et tant pis pour les dialogues de sourd. C'est peut-être notre différence car a contrario, nous avons tendance à chercher quelqu'un qui parle anglais, ne serait-ce que trois mots, pour "s'appuyer" dessus.

Bref, sur les coups de 17 heures, Caro revient seule et nous annonce le verdict : le grand schtroumpf est à nouveau vérolé par des amibiases semble-t-il, et affaibli par une déshydratation sévère .... "gast !" (étonnement en breton). Il va passer la nuit à l'hôpital mais Caro nous dit qu'il n'est pas à plaindre car c'est du service quatre étoiles : chambre individuelle immense, écran plat, restauration de luxe, Internet et je ne vous parle même pas des infirmières... Allez, pour alimenter l'imagination de Jean-Denis, celles-ci ont été sélectionnés sur CV avec photo svp....bon mais il faut tirer un enseignement de tout ça : il ne faut pas négliger ce paramètre, aussi banal que vital : BOIRE, BOIRE, et BOIRE !!!!! On doit bien l'avouer, on transpire comme des gorêts, et sans vouloir dévoiler un peu de l'intimité de mon pote, le bougre excelle dans ce domaine !!! (comme dans beaucoup d'autres d'ailleurs, allez ça c'est pour la flatterie). Donc peut-être doit-il boire plus que nous, et surtout se rehydrater plus régulièrement à coup de sels minéraux. Du coup, on entame, petits et grands, une cure de sels minéraux pour recharger toutes les batteries. En fait, nous apprendrons plus tard que l'eau que nous buvons depuis que notre filtre nous a lâché est parfaitement pure, voire trop pure... En effet, nous achetons de l'eau en bouteille ou en bombonne qui est de l'eau purifiée par filtration, osmose inverse, ultraviolet et ozonation, rien que ça. Avec une telle batterie de traitements, on n'ose imaginer l'origine de cette eau. Ah c'est sûr, au final elle est aussi pure que de la neige fondue. Donc c'est parfait pour se vider de tout son calcium, potassium, bibendum, sodium (chercher l'intrus). En général, on en ressent les effets à long terme par une baisse de régime et une dyssenterie. C'est vrai qu'à bien y réfléchir, on est tous à peu près au même point de ce côté-là malgré les kilos de riz que l'on ingurgite depuis des mois. La mésaventure de Jean-Gui nous fait prendre conscience que nous sommes tous peut-être en sursis en ce qui concerne les amibiases : nous votons donc à l'unanimité pour un traitement préventif pour tous.

Nous sommes le 31 mai, jour de l'anniversaire de Cylia !!! Caro avait bien ramené quelques surprises de sa virée à Siem Reap pour accompagner Jean-Gui, il n'empêche qu'on se voyait mal festoyer sans lui. Mais quelle joie lorsque l'on apprend dans la matinée que Jean-Gui nous rejoindra pour le midi : c'est pas un beau cadeau ça !!!! Il faut dire qu'il est parti en courant de son hôpital royal, voire presque au sens propre du terme. En effet, au bout de 24h, on lui présente la facture "royale" : 1300 $ !!! En réalité, on ne lui en demande que 800 $ car il a déjà payé une avance de 500 $ à son entrée. Mais pour Jean-Gui, il s'agit de la facture totale et il pense donc qu'il lui reste à payer 300 $. C'est déjà salé comme note mais par chance, il lui reste tout juste assez de liquidités. Quand il comprend enfin le quiproquo, Jean-gui nous avouera : "franchement, à cet instant j'ai vraiment hésité à me barrer en courant et sauter dans le tuc-tuc qui m'attendait, mais comme ils avaient mon numéro de passeport... " Heureusement, il a d'autres cordes à son arc, n'oublions pas qu'il a une petite carrière de commercial à son actif. Il entame donc une longue, mais bénéfique, discussion qui lui permettra de faire descendre la facture à 715 $ au total, en gratant un médoc par ci, un p'tit déj par là. Applaudissement siouplaît, aucune autre patate n'y serait arrivé.

Donc l'anniversaire aura bien lieu le jour J, pour le goûter. Pendant la sieste, la fête se prépare : les déguisements se complètent, les ballons se gonflent, et les cadeaux se peaufinent. 17 h : La fête peut battre son plein.

    

Monsieur Patate et Mister Douce débarquent à l'improviste ou presque, pour régaler les petites patates et leurs copains de quartier, provoquant des effets secondaires pour le moins euphorisants.

Le spectacle ........                         et ses effets indésirables !

   

En même temps, ça leur permet de se dérouiller, car demain ils interviendront dans l'école de Roluos (voir le coin "production de la troupe" et "témoignage des enfants d'Asie du sud-est").

Le 2 juin au matin, il est déjà temps de quitter notre famille d'accueil. Nous sommes émus car ils sont tous au portail lorsque nous le franchissons. Mais c'est surtout dans notre regard échangé avec la maman de Ohn que nous comprenons qu'il s'est passé quelques choses entre nous, et que c'est bien faute de temps ou d'énergie si nous n'avons pas tissé de liens plus importants. C'est vrai, nous aurions voulu nous investir bien plus dans cette relation, apprendre à cuisiner avec elle quelques plats traditionnels (notez que sa maman cuisinait pour la famille royale !), l'accompagner au marché, ou lui montrer notre "vie française" au travers des photos que nous avons sur le PC. Cela ne s'est pas fait et ce serait bien lâche de se cacher derrière l'excuse des enfants dont il faut s'occuper. C'est peut-être infantile mais j'aurais presque envie de m'excuser auprès d'elle de ne pas avoir saisi cette chance.

Pensifs, nous reprenons la route. Quinze petits kilomètres nous séparent de Siem Reap, pourtant les pédales sont lourdes.... surtout pour Jean-Gui, pour qui finalement la période de convalescence a été bien courte.

Une pensée chassant l'autre, nous avons hâte maintenant de découvrir la ville de Siem Reap, et la cité d'Angkor. Nous l'atteignons en fin de matinée. Ni une ni deux, un homologue cyclo-voyageur hollandais, Cornel, nous alpague  et, voyant que nous cherchons un toit, il nous escorte tout sourire à sa guest-house à deux pas du vieux marché, un repère parfait. Sans perdre de temps, nous nous rendons au bureau d'Osmose où Eric Guérin, l'actuel coordinateur, nous attend.

On pensait passer rapidos pour déjà le remercier pour les services qu'il nous a rendu, se présenter, et se fixer un rendez-vous pour parler de l'organisation de notre séjour sur le Tonle Sap. Le contact étant excellent, on part déjeuner tous ensemble dans un coin de paradis pour les enfants (jardin ombragé, balançoire, tricycle, bac à sable et frites au menu). Eric nous livre deux trois anecdotes sur son expérience cambodgienne, l'envers du décor en quelques sortes, ou du moins des choses qu'en tant que touriste de passage il serait impossible de palper. Un orage de mousson vient perturber le dessert et c'est donc trempés comme des soupes que nous rejoignons nos pénates pour le sieston des p'tits monstres.

Au cambodge, les grains arrivent (et disparaissent) sans prévenir

Pendant que les uns prennent alors le pouls de la ville, Jean-Gui se fait reprendre le sien (de pouls) chez un médecin francophone conseillé par Eric. En effet, le boss est toujours l'ombre de lui-même, et en plus, il est couvert de petits points rouges.
En fin d'après-midi, son retour du médecin coïncide avec l'arrivée de Ohn et Tim avec qui nous allons passer la soirée. Le diagnostic n'est pas fameux, et le médecin préfère renvoyer Jean-Gui à l'hôpital, provincial ce coup-ci pour limiter les frais. On est tous un peu dépités et tristes mais bon, il n'y a pas le choix, et puis on a pris l'habitude de recouper les infos alors pourquoi pas les diagnostics de santé. Dans sa malchance, Jean-Gui profite de la présence de Ohn qui l'accompagne et gére d'une main de maître son entrée à l'hosto, car ce n'est pas aussi simple qu'à l'hôpital royal. Pendant ce temps, le reste de la troupe se laisse appréciablement guidé par Tim, vers un restaurant sous les étoiles, spacieux, agréable, et on ne peut plus local. La ballade en tuc-tuc nous laisse apprécier quelques belles avenues de Siem Reap. En bon natif belge, il nous commande sans concertation notre première bière pression depuis plus d'un mois. Ca peut paraître purement européenne comme remarque (bien que la bière soit appréciée dans toute l'Asie du sud-est) mais on avoue que, au bout de cinq mois de voyage, il n'y a pas que les sels minéraux qui font défaut...Perso, un picon et c'eût été le nirvana pour l'Alsaco que je suis. Pour égayer l'atmosphère, on se fait la remarque que c'est depuis que nous n'avons plus trouvé de bière pression que Jean-Gui a commencé à capoter... Allons ressaisissons-nous. Décidément, la cuisine cambodgienne nous régale. Ohn finit par nous rejoindre et nous rassure sur la prise en charge de Jean-Gui par le staff médical, car à première vue, l'hôpital provincial ne laisse pas une très bonne impression. De plus, nous avons appris que dans les pays que nous traversons, les bons médecins ont tendance à migrer des hôpitaux publics vers les cliniques privées.
A peine Ohn nous a-t-elle rejoint qu'elle demande à Tim ce qu'il a commandé. Il faut savoir qu'au cambodge, les plats sont partagés entre toute la tablée, chacun les agrémentant avec plus ou moins de riz et de piment. Elle nous rajoute trois plats car pour elle, il y a des incontournables dans la cuisine khmer auxquels il faut absolument goûter. C'est sûr, cette cambodgienne a hérité du caractère bien trempé de sa mère adoptive, Nathalie... Pas étonnant qu'elle ait trouvé une place au marketing du "Phnom Penh Post", l'hebdomadaire phare du Cambodge.

Le lendemain matin, je pars chercher des croissants, bah oui, faut bien profiter de tous les avantages des villes lorsqu'ils se présentent à nous. En passant devant l'hosto, je me dis qu'un bon croissant au beurre devrait aussi faire parti de la batterie de médicaments de Jean-Gui mais alors pour le trouver....pfiouuuu, laisse tomber : de bon matin, l'hôpital est aussi fréquenté qu'un dispensaire africain. Désolé pour le croissant Jean-Gui ... Caro va passer la matinée en sa compagnie pendant que Chantal, moi et toutes les petites patates, allons nous gaver de livres au centre culturel français. On y rencontre une professeur cambodgienne épatante, à qui nous transmettons, à sa demande, quelques comptines françaises stockées sur notre PC. On y mange mais là encore, un orage nous cueille en fin de repas, retour humide vers la guest-house pour le dodo des p'tits monstres. En fin d'après-midi, Jean-Gui fait son come back, le diagnostic est identique : amibiase. Soit, il soigne ça le soir même à coup d'antibiotique et de bière pression en compagnie de Thomas, Fabienne et leur fille Louise, rencontrés à Savannakhet au Laos. Nous ébaucherons d'ailleurs notre plan d'attaque commun pour l'assaut de cette cité perdue dans la forêt, à 6 km au nord de Siem Reap : Angkor. Un nom qui fait rêver. On a tous une image du temple d'Angkor, mais c'est bien plus qui nous attend puisqu'il s'agit en réalité d'une véritable cité de 40 km2 à l'intérieur de laquelle se trouve pas loin d'une centaine de temples, plus ou moins grands, bien conservés ou reconstruits, ou encore phagocytés par des arbres pluricentenaires. Nous optons pour un "pass" trois jours malgré le budget que cela représente. Pour cette première journée, nous abordons les lieux en tuc-tuc, pour bien nous rendre compte du truc-truc. Nous visitons successivement : Angkor wat, Bayon, et Ta Phrom.

   

Angkor wat                                                      Bayon

Ta Phrom

Le lendemain, nous nous retrouvons entre patates uniquement, et nous arpentons les chemins angkoriens sur nos fidèles montures.

Nous croisons la route des éléphants, déjà à la tâche pour transporter les touristes de temple en temple. C'est un régal pour les yeux de nos petites patates mais nous préférions la rencontre avec les éléphants en semi-liberté du village laotien. Nous visitons le Baphuon (rien à voir avec la colloscopie... petite parenthèse pour Jean-Denis entre autres...) avant de trouver refuge dans un petit resto derrière lequel les enfants découvrent des singes en liberté. Nous en avions déjà vu la veille mais au bord de la route. Là, c'est au milieu des temples et pour finir, suspendus dans les arbres comme dans le livre de la Jungle de Mowgli. Les enfants sont aux anges et mon Jean-Gui aussi d'ailleurs puisque j'accède à sa grande surprise et en moins de deux, à son fantasme le plus extrême du moment... je lui brandis un Magnum amande. D'une geste spontané, il se lève et me remercie d'un baiser sur la bouche. Je croise alors le regard perplexe de la serveuse, mort de rire.

L'après-midi, bercés dans leur carriole, les petites patates s'endorment. On décide alors d'entreprendre ce qu'ils appellent "le grand circuit" dans les guides. Certes, on ne visitera pas de temple en détail mais nous pourrons au moins en contempler quelques uns et nous imprégner de l'ambiance du site, en appréciant particulièrement la faible fréquentation. Quand on voit le nombre d'hôtels que compte Siem Reap, on se dit qu'en pleine saison, ce doit être une véritable usine.

Le soir, nous avons rendez-vous avec Thomas, Fabienne et Louise, mais aussi avec Sébastien, Marion, Julia et Timéo (avec qui nous avions fêté l'annif de Jean-Gui). Une bonne tablée gauloise présidée par une girafe de bière : que du bonheur ! Demain, c'est journée off, pas de visite et ça tombe bien.

    

Grasse matinée, petit-déj' digne de ce nom et on retourne tous ensemble au centre culturel français, de vraies vacances quoi. On commence à se faire à l'idée de nous séparer de nos vélos, le temps de notre futur séjour à Prek Toal sur le lac Tonle Sap ! En effet, nos vélos seront un poids inutile pour nous puisque nous souhaitons remonter la rivière Sangkaé jusqu'à Battambang puis filer en bus à Phnom Penh. En plus, notre guest-house nous propose de garder vélos et carrioles et de les envoyer à Phnom Penh lorsqu'on leur aura donné le feu vert par téléphone, et pour un prix raisonnable. Soit, nous adopterons donc le mode backpacker léger.

Pour notre dernier jour de visite d'Angkor, nous décidons de partir chacun de notre côté. Mais on se retrouve, par hasard, au premier temple visité .... transmission de pensée.

     

Ta Keo                                                                Banteay Kdei

On se sépare et dans l'après-midi, on se croise à nouveau et sous la pluie battante cette fois-ci. Les Steiner décident de mettre cap à l'ouest vers le "west baray", immense réservoir d'eau, alors que les Clabaut se la jouent plus zen.... Le chemin n'est pas de tout repos puisque la saison des pluies à commencer son oeuvre de saccage des chemins (gadoue, ornières), mais c'est au final une belle récompense que de pouvoir s'y baigner. On rentre à la nuit tombée et on rejoint Thomas, Fabienne et Louise pour une dernière soirée ensemble. A l'heure où je vous écris, ils doivent reprendre possession de leur maison au terme d'un voyage de quatre mois et demi ; on les embrasse bien fort.

Il est temps pour nous de passer à l'étape lacustre de notre périple. Nous sommes le 9 juin et nous allons découvrir le poumon du Mekong, le plus grand lac d'Asie du sud-est : le Tonle Sap. Nous avons la matinée pour faire le pactage ou plutôt le tri de ce que nous emportons pour les dix prochains jours. Le tuc-tuc passe nous prendre à 12h30 pour choper le bateau des locaux qui part pour Prek Toal à 13h. Thomas, Fabienne et Louise nous rendent une dernière visite qui glissera naturellement vers ... un dernier apéro ! Vous sentez venir le truc ??? ... ben nous, sur le coup, non ! L'ambiance est au beau fixe et nous attendons le tuc-tuc qui a du retard. 12h40, il arrive. Il faut 20 minutes pour atteindre le débarcadaire donc, il n'y a plus de temps à perdre. Soit, il faut tout de même un moment pour charger le tuc-tuc et dire au revoir à nos amis. On doit aussi prendre quelques bricoles pour le goûter et des réserves d'eau pour les 4 prochains jour (40 litres !) ...12h55, on décolle véritablement de Siem Reap.... Le tuc-tuc est ras la gueule au point que ses pneus manquent d'air.... Allez, on s'arrête regonfler, au point où on en est....13h05, alors que notre optimisme à toute épreuve est à peine entamé, voilà que justement,'on explose le pneu gauche, usé jusqu'à la moelle..... Bien, c'est un nouveau paramètre....tout le monde serre les fesses, y compris le chauffeur, et on continue à rouler sur la jante pendant deux longues minutes avant de trouver un providentiel réparateur.

Bizarrement, on ne s'en fait pas trop pour l'horaire, de toute façon, nous avions prévenu le bateau qui n'a pas l'habitude d'embarquer des touristes. L'arrêt au stand est digne de celui d'une formule 1 ... cambodgienne : il est 13H30 et on repart à toute berzingue avec un pneu neuf. 13H40 : ouf, débarcadère en vue, on s'éjecte du tuc-tuc. "vous allez où ?" nous demande un gars devant le bureau de vente. Je réponds "Preak Toal". "OK, ça fait 9 $". On paie et toute la troupe + bagages+ les deux bombonnes de 20 litres, descend la passerelle super raide pour accéder au quai. Plusieurs bateaux y sont accostés ; Je présente les billets mais les différentes compagnies nous demandent avec laquelle nous souhaitons naviguer. Ben quoi, j'en sais rien moi, regardez mes tickets.... Qu'est ce que c'est que cette embrouille ??? Il est où le bateau de 13h des locaux ??? On nous répond avec un sourire cynique que nous ne sommes pas au bon endroit, il faut aller au bout de la route, 2km plus loin....Et m..... quand ça veut pas, ça veut pas. Mais alors qu'est-ce qu'on a payé ???? Nous apprendrons bien plus tard par Fred qu'il s'agit de faux billets d'entrée sur la réserve de Preak Toal, vendus par une espèce de mafia koréenne.... snif.

Bon, c'est pas le tout mais il est 14h et les seuls tuc-tuc en vue semblent de mêche avec cette mafia qui veut nous vendre des billets hors de prix. Ils refusent donc de nous emmener à l'embarcadère des locaux : on est pris au piège. Mais tel des "Barbapapa", on se transforme en frite pour passer à travers les mailles de ce filet machiavélique. On finit par interpeler un peu plus loin un tuc-tuc qui, n'ayant pas assisté au dernier acte du feuilleton, veut bien nous emmener. On charge la mule, personne ne dit mot mais intérieurement on se demande tous ce qu'on va bien faire là-bas, avec plus d'1h15 de retard... On ne sait pas trop si c'est de l'entêtement, de l'optimisme ou le refus de l'échec mais vous le croirez ou non, le bateau des locaux était toujours là !!! Ok, y'a pas de quoi être fiers mais ça fait du bien. Allez, le prix des tickets est largement plus raisonnable, on s'en acquitte et on embarque. Un quart d'heure plus tard, il semblerait que le départ soit enfin imminent. Le capitaine s'installe au commande et tente de démarrer le moteur.....sans succès......glups......On aurait pas la scoumoune avec les trajets en bateau ??.... Allez quelques réglages, deux ou trois coups de marteau et nous quittons enfin la terre ferme pour une belle aventure lacustre.

   

Le voyage dans le voyage ; une immersion totale dans un monde à part, hors du temps, vivant au rythme du niveau d'eau du Tonle Sap. Nous commençons par descendre une rivière étroite et peu profonde dont la navigation n'est pas commode. Le début de la saison des pluies est en effet plutôt timide. D'ailleurs, on nous prédit que pour cette année, la saison sera moins humide et plus chaude que d'habitude. Hasard ou coïncidence, on a déjà connu cette année un hiver sibérien particulièrement froid. Il est écrit que ce sera pour nous l'année de toutes les extrêmes.

Puis le paysage s'élargit, le lac s'ouvre à nous. C'est une véritable mer, mais grouillante de vie, de pêcheurs, de barques en tout genre. On pourrait en écrire des tartines tellement on s'en met plein les yeux, mais le plus raisonnable est de laisser parler les photos.

             Un nouveau concept : la maison-bateau-magasin                          Une marchande

  

Rendus à Preak Toal, nous sommes accueillis par Pitchoura et d'autres femmes qui s'occuperont admirablement bien de nous, cuisinant pendant 4 jours des plats absolument divins et gargantuesques à base de poisson. Nous passons nos deux premières nuits dans deux familles d'accueil distinctes avant de squatter tous ensemble la maison d'Osmose et son école pour les repas.

Preak Toal

Maison d'Osmose                                       "L'épicerie du coin"

   

   Les cours d'éducation à l'environnement à l'école d'Osmose...     ...suivi du repas bien mérité

             

En dehors d'une matinée d'observation des oiseaux et une intervention dans l'école primaire, nos journées sont ponctuées par les bains dans la rivière Sangkaé, les dessins et bouquinage, le tressage des tiges de jacynthe d'eau, l'observation des parcs à crocodiles, les ballades en barque ou à pied sur les berges, la visite de la pagode.
Mais notre activité favorite reste encore les achats divers auprès des marchands ambulants qui se succèdent. Nous prenons un malin plaisir à observer passivement le ballet de bateaux en tout genre qui défilent sous nos yeux. C'est grouillant de vie, et amusé, on imagine le film d'une journée en accéléré.

Une famille sur deux élève des crocodiles....

    

Il faudra véritablement s'arracher de cette vie hors du commun pour embarquer sur le bateau qui nous emmène à Battambang en remontant la rivière. Les Steiner auront d'ailleurs plus de mal à le faire et ils y resteront ainsi un jour de plus que les Clabaut. Encore de belles leçons de vie que nous donnent ces gens qui se sont magnifiquement adaptés au fil des générations à cette vie de marin d'eau douce. Les enfants ont l'art de godiller inscrit dans leurs gènes. Malgrès l'instabilité de leurs pirogues les enfants y sont à l'aise dès 5 ans. Les différentes techniques de pêche sont innombrables. Une vieille dame nous a particulièrement touché car elle pêchait du matin au soir sur sa barque ; c'est comme si elle avait ça dans le sang et qu'elle était incapable de rester inactive. Une nuit, en me levant pour me soulager, je l'ai même surprise en train de pêcher avec un panier, à la lueur d'une bougie, elle était tout simplement admirable...

Une fois encore, les aurevoirs sont difficiles, notamment avec Pitchoura qui était de connivence avec Jeanne. Elle nous a ému lorsqu'après plusieurs discussions, nous avons appris qu'elle allait se marier en novembre et qu'il s'agissait d'un mariage arrangé.... Choisir soi-même son mari, voilà un privilège dont nous avons peu conscience ... On espère qu'ils seront heureux et tracerons sans difficulté leur chemin ensemble.

La ballade fluviale jusqu'à Battambang dure plus ou moins 9 heures. On croise sur notre route plusieurs villages lacustres qui nous semblaient si coupés du reste du monde. Mais en ont-ils eux-mêmes conscience ? Je ne pense pas. Et d'ailleurs, le sont-ils vraiment plus que d'autres villages cambodgiens à l'écart des routes nationales ?

Donc, les patates douces se retrouvent à Battambang. C'est encore l'ambiance farniente qui marque ce séjour de trois jours. Nous n'avons pas nos vélos pour circuler, donc nous adoptons facilement le tuc-tuc pour nous mener tantôt à la piscine municipale, tantôt au centre culturel français, mais aussi au "Bamboo train". Il s'agit d'un aller/retour en draisine sur l'ancienne voie de chemin de fer. Cette ballade nous fait découvrir une manufacture de brique en activité et nous permet même de rentrer à l'intérieur du four. Nous rechargeons toujours nos batteries dans cette ville très agréable.

Une procession de moines venant chercher à manger auprès des fidèles:


Lors d'une matinée à la piscine, nous décidons de remédier à un oubli. C'est peut-être du réchauffé (normal il fait un bon 38°C à l'ombre) mais on s'est dit que c'était l'occasion de faire la photo des 3000 km, que nous avions franchi en réalité avant Siem Reap, car elle reflète bien l'ambiance actuelle. La voilà :

Pour clore ce séjour en apothéose, nous avons rendez-vous au cirque Phare Ponleu Selpak pour la représentation hebdomadaire. Il s'inscrit dans un centre d'action sociale dont l'histoire est particulière puisque ce sont de jeunes élèves en dessin issus de camp de réfugiés en Thaïlande, ainsi que leurs professeurs français, qui en sont à l'origine. On vous invite à faire un tour sur leur site Internet. Nous avons ainsi assité à un spectacle vraiment riche (acrobatie, jonglage, clown, contorsionnisme) et authentique. On rentre facilement dans la magie du spectacle de ces artistes professionnels cambodgiens, qui tentent de vivre de leur art et participent à la reconstruction de l'identité culturelle de leur pays. Merci à eux.

Le lendemain, nous prenons le bus pour Phnom Penh, la capitale que nous avons atteint dans l'après-midi. A notre grand étonnement, le bus s'arrêta au niveau d'une horde de........

Jacques

 

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De Phnom Penh à Koh Kong, du 19 juin au 14 juillet 2010 :

Ahh quel coquin ce Jacques! La fois dernière, il vous a tous tenu en haleine avec sa phrase non terminée, vous laissant en proie à un terrible suspense hitchkokien : "A notre grand étonnement, le bus s'arrêta au niveau d'une horde de ... tuk-tuk !!!".
Et oui, dans les villes importantes du Cambodge lorsqu'un bus de grande ligne arrive, une grappe de chauffeurs de tuk-tuk se forme devant la porte, se poussant les uns les autres pour essayer d'attrapper un client. N'ayant plus nos vélos, et donc privés de notre liberté chérie, nous faisons alors encore partie de leurs clients. Après quelques minutes de négociation tout en sourire (très important dans cette région du monde), nous trouvons notre homme qui nous amène à la guest-house que nous avions identifiée, après toutefois un tour de la ville car visiblement il ne savait pas du tout où elle se trouvait ...

L' Independence Monument, symbolisant l'indépendence du Cambodge vis à vis de la France :

A Phnom Penh nous attendent plusieurs démarches, telles que l'obtention de visas pour la Thaïlande et la récupération de ... la carte bancaire de Jacques, ainsi que 2 autres colis. Petit rappel pour ceux qui n'avaient pas suivi, ou qui avaient oublié, Jacques s'était fait voler sa carte en Thaïlande suite à une embuscade machiavélique. Une nouvelle carte lui avait été envoyée au Laos mais nous ne l'avons jamais reçu. S'en est suivie une enquète minutieuse qui nous avait permis de la localiser et se la faire envoyer ici à Phnom Penh.

Mais la première chose à faire avant tout, est de récupérer nos vélos et charettes, on ne va quand même pas poursuivre nos pérégrinations en tuk-tuk, ça c'est une idée que l'on garde au chaud dans les cartons, les schémas du tuk-tuk amménagé en camping-car étant déjà tracés dans nos esprits ...
Autre rappel, toujours pour les mêmes cancres, nous avions confié notre matériel à notre guest house de Siem Reap 10 jours plus tôt, et devions les appeler une fois arrivés à Phnom Penh afin qu'ils nous le mettent dans la soute d'un bus reliant Siem Reap à Phnom Penh. Nous les appelons donc dès notre arrivée pour récupérer nos fidèles montures. Réponse de l'hotelier : "oui nous les mettons dans le bus qui part à 7h et qui arrive demain à 12h". Je ne sais plus comment s'est venu dans la conversation, mais il s'agit en fait du bus qui part à 19h et qui arrive à minuit. Soit, nous irons Jacques et moi, et chargerons les vélos des filles (restées auprès des enfants) ainsi que leurs carrioles dans le tuk-tuk qui nous y emmènera. Le chauffeur de tuk-tuk en question étant également le réceptionniste de notre hôtel qui remplace les patrons partis en week-end.
Nous arrivons à l'arrêt de bus à minuit. D'autres chauffeurs de tuk-tuk attendent également l'arrivée du bus (la fameuse horde) et nous annoncent que celui-ci n'arrivera pas avant 1h du mat'. Plus qu'une solution, aller se boire une bière avec Wibolle, notre chauffeur-réceptonniste. Sur le chemin de la mousse, nous réalisons que Phnom Penh est très vivante la nuit contrairement à toutes les autres villes du Cambodge. Mais la nuit, nous découvrons un autre facette de la misère de certains de ses habitants. Ceux qui nous marquent le plus sont des travailleurs, acharnés mais précaires : les chauffeurs de tuk-tuk, de moto-taxi et cyclo-pousse (vélo poussant une nacelle sur laquelle le client est assis). Nous découvrons en effet que la ville pullule de ces gens dormant dans, ou sur, leur outil de travail. Le moins inconfortable semblant être le tuk-tuk doté d'une banquette abritée de la pluie. Viennent ensuite, ex aequo à mon avis, la moto-taxi sur laquelle le conducteur passe la nuit allongé sur la selle, les pieds sur le guidon, et le cyclo-pousse où la personne dort assis dans la nacelle. Pour ces deux derniers, une bâche doit être tendue au dessus du véhicule en cas d'averse. Wibolle nous explique qu'en général, ces gens viennent des campagnes voisines de Phnom Penh et qu'ils dorment en ville car ils ne peuvent pas se payer l'essence pour rentrer chez eux ...
Une heure et 2 bières plus tard, nous retournons à l'arrêt du bus qui ne finit par arriver qu'à 2h du matin, nous commençons à fatiguer et surtout à être gêné pour Wibolle. Mais une fois le bus et ses soutes vidées, pas de vélos ... Ah, le plan A ayant foiré quel va être le plan B ? Nous allons au bureau de la compagnie, (ouvert à cette heure là !) où nous avons à faire à un employé baragouinant quelques mots d'anglais. Il nous fait comprendre qu'il n'en sait fichtrement rien. Aïe ... Quand soudain, une personne assise au fond du bureau nous interpelle pour nous annoncer qu'elle vient d'appeler le bureau de Siem Reap et que nos affaires, faute de place dans le bus venant d'arriver, sont parties avec le bus de minuit devant arriver à 6h. En même temps que j'écoute cette nouvelle information, j'observe avec envie le gars qui en écrase dans son hamac tendu dans un coin du bureau. Le verdict annoncé, la seule réponse qui me vient à l'esprit est alors : "ah, et vous n'auriez pas 2 hamacs pour mon pote et moi, histoire qu'on fasse un petit roupillon en attendant le bus ?" Cette question, qui paraîtrait hallucinante dans notre pays, reçut pour simple réponse "oui, ça doit pouvoir se trouver". Nous congédions donc enfin Wibolle et confirmons notre intérêt pour les 2 hamacs.
La personne qui nous a renseigné se lève, sort du bureau, se dirige vers un tuk-tuk vide et en sort 2 hamacs. "Mais vous piquez les hamacs du chauffeur du tuk-tuk comme ça ? Vous êtes sûr qu'on peut les utiliser ?", réponse du gars : "oui assurément, c'est mon tuk-tuk" ... "mais vous n'êtes pas un employé de la compagnie de bus ?", "ah non pas du tout". Mais pourquoi donc cherchons nous toujours à tout comprendre ??!!!
Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons donc chacun dans notre hamac, installés en face de l'arrêt de bus. On se souhaite une bonne nuit et avant de sombrer, Jacques me demande si je peux lui donner un peu d'argent en m'expliquant : "ouais si jamais je me fais agresser, on ne me coupera pas l'annulaire pour mon alliance et puis ça peut me servir si jamais j'ai froid" ... "Tu comptes t'acheter une couverture en pleine nuit ou quoi ?", "non, une soupe de nouilles" ... Je m'endors donc aux côtés d'Averell !!!
Quand je me reveille pour accueillir le bus de 6h, Averell n'est plus dans son hamac mais roupille dans un tuk-tuk garé juste en face ... Tiens, fait-il plus chaud dans un tuk-tuk que dans un hamac ? Le bus arrive, notre barda avec, et nous rentrons à l'hôtel sur nos vélos ... en nous faisant tracter par le tuk-tuk du propriétaire des 2 hamacs qui, lui, transporte les vélos des filles. En route, Jacques m'explique ce qu'il lui est arrivé durant la nuit.
Vers 4h, Jacques se lève pour aller prendre sa soupe afin de se réchauffer. Tout en sirotant cette dernière, il voit quelqu'un se diriger vers son hamac, regarder dedans et, comme celui-ci est libre, s'y installe pour dormir. Il s'agit en fait de notre chauffeur de tuk-tuk, c'est de bonne guerre se dit Jacques, après tout c'est son hamac. Après avoir fini sa soupe, Jacques doit faire de la place dans sa vessie et prend la direction de la rivière juste en face. Il tombe alors sur un groupe d'individus visiblement éméchés, lui demandant, très poliment dixit mon pote, de lui donner son argent. Réponse tout aussi polie et décontractée, "ah ben non, là mon pauvre j'ai pas d'argent moi". S'en suit alors une inspection des poches desquelles sort la monnaie de la soupe, soit 4000 reals (environ 0,8€). "Ben tu vois que t'as de l'argent !" lui rétorque le brave homme en souriant. "Ah oui mais j'ai plus que ça, tu vas quand même pas me les prendre !". "Bon allez, fifty-fifty". Mais Jacques, qui a une saine notion de la justice ne l'entend pas de cette oreille : "Eh non, si je te donnes 2000 reals, tu me donnes quoi toi en échange ? Ah tiens t'as un stylo qui dépasse de la poche, allez il est pour moi celui-la". Et voila comment un agresseur s'est fait dépouiller de son stylo pour pouvoir détrousser Jacques de 40 centimes d'Euros. Et après il ose dire que c'est moi qui suis dur en affaires !!! En quittant ses nouveaux copains, ceux-ci lui demandent où il va. "Je vais dormir", "mais où ?" (en espérant pouvoir le conduire dans une quelconque guest-house afin de récupérer les autres 2000 reals), "ben là dans le tuk-tuk" leur rétorque-t-il en s'installant dans celui-ci. Ils ont bien halluciné...
Nous avons donc récupéré notre matériel, un stylo bille usagé et le tuk-tuk dans lequel Jacques a dormi ; une histoire d'amour est née, il lui a même donné son prénom. Jacques : le flegme corse, le "casse pas la tête" kanak et la rigueur alsacienne ... 

Entre nos différentes démarches nous visitons cette capitale dont la frénésie contraste avec le calme du reste du pays. L'une des visites qui nous a fortement marqué fût celle de Toul Sleng, ancien lycée transformé en centre de détention, de torture et d'exécution sous le régime des khmers rouges, c'est-à-dire de 1976 à 79 jusqu'à l'arrivée des vietnamiens qui mettèrent fin à cet enfer.
Ces années sous l'emprise des khmers rouges me font penser à une expérience qu'aurait fait un savant fou sur l'homme et qui doit servir maintenant à l'humanité, comme contre-exemple. Ce savant a expérimenté un modèle de société, basé sur un communitarisme poussé à l'extrême ayant pour mission de développer l'agriculture exclusivement, au dépend de tout autre type de production, à la seule force de l'homme, ceci afin de rendre le pays totalement autonome vis-à-vis de l'extérieur. Pourquoi pas après tout ? Sauf que les méthodes appliquées furent terribles. La première partie de ce qui était appelé la "révolution", fût de vider toutes les grandes villes pour envoyer les citadins à la campagne afin de leur faire travailler la terre et ainsi de les rééduquer. Par ces travaux forcés les "Nouveaux" (nom donnés aux citadins, qui allaient découvrir ce qu'est la vie des paysans : les "Anciens") devaient progressivement oublier tout ce qu'ils avaient connu auparavant et qui allait alors à l'encontre des valeurs de la révolution : relation avec les autres pays et utilisation de langues étrangères, culture sous toutes ses formes, possession de biens matériel ou d'argent, propriété privée,  tout ceci ayant une connotation impérialiste. En même temps que la désertification des villes, les khmers rouges détruisirent usines, argent, livres, horloges, en quoi ils voyaient les symboles du capitalisme occidental et devenus inutiles voire même dangereux à leur nouvelle société agricole. Vînt ensuite la seconde partie de la "révolution" : la terreur. Les "Nouveaux" ayant eu des postes à responsabilité sous l'ancien régime et les intellectuels, c'est-à dire tous ceux qui étaient susceptiblement "dangereux" pour cette nouvelle société, étaient traqués pour être exécutés, et même torturés pour dénoncer leurs connaissances du même niveau social ou pour avouer leurs idées contre-révolutionnaires. Nombre d'entre eux devaient alors se faire passer pour des illétrés afin d'échapper à ce funeste sort. Mais ce qui décima le plus grand nombre de personnes fût le rythme de travail acharné pour essayer d'atteindre des niveaux de productivité farfelus, les rations de nourritures largement insuffisantes et l'absence totale de soins médicaux, les médecins ayant tous été mis aux champs. La population mourrait alors de faim, d'épuisement ou de maladies non soignées. Au total, c'est près d'un quart de la population du cambodge, soit 1,7 million de personnes environ, qui disparût durant les années khmers rouges : le premier "auto-génocide" de l'humanité.
Toul Sleng, ancien centre de "sécurité" khmer rouge de Phnom Penh transformé en musée, nous a permi d'associer des images à la lecture que nous avions faite d'ouvrages relatant le témoignage de survivants. Que cette prison se soit mise en place dans une école, renforce l'idée de destruction du pays : transformer un lieu de formation de sa jeunesse en un lieu d'extermination. Le plus ahurissant étant que les dirigeants khmers rouges étaient en majorité issus de formations universitaires, reçues à l'étranger pour certains ...
Mais ces dirigeants avaient réussi à rallier une partie de la population à leur cause. Qu'a pu pousser ces gens à adhérer à de telles idées ? Sans doute une misère quotidienne occultant toute perspective d'avenir. De bons candidats aux discours populistes et extrêmistes, promettant un miraculeux changement de vie pour un monde meilleur, tout en stigmatisant tous les problèmes sur un bouc émissaire. Bref, des comportements ayant toujours existé et qui existeront toujours, et ainsi l'histoire se répète malheureusement ...

Le dernier jour à Phnom Penh, nous récupérons nos visas thaïlandais ainsi que, ô miracle, la carte de Jacques et 2 colis auxquels nous avions quasiment renoncés tant nous n'y croyions plus. Chaque fois que l'on se fait envoyer un colis, cela nécessite une énergie folle et un temps inouï pour les récupérer car ces derniers n'arrivent jamais à l'adresse de destination. Au passage, nous voulons adresser tous nos remerciements à nos partenaires Evolon et Chullanka pour ces envois, et toutes nos excuses à Evolon qui nous a expédié à 2 reprises un colis de tissus technique, en vain, le dernier leur ayant été à nouveau retourné.
Quant au colis de Marie-Pierre, la mamie de Cylia et Clément, il a ravi toutes les petites patates!

Nous affrontons une dernière fois la circulation dense pour nous extirper de Phom Penh, un véritable jeu vidéo où il faut éviter cyclistes, tuk-tuks et gros 4x4 roulant à vive allure sans se soucier des autres usagers. Nous croisons des charettes tirées par des chevaux et zébus, ça y est nous sommes enfin sortis de la ville !

Jean-Guillaume

Après cette petite semaine passée dans la trépidente capitale, nous avons décidé de nous rendre dans un parc zoologique d'un genre assez particulier, à mi-chemin entre le refuge pour animaux blessés ou braconnés, et lieu de préservation des espèces en voie de disparition. Nous passerons une journée entière à déambuler dans cet endroit fabuleux pour les enfants et les parents.

Un cerf et ses passagers

 Le marabout 

Chantal et Jacques avaient en fait quitté Phnom Penh une journée avant nous : inutile de tous attendre le retour des visas et, avouons-le, les Steiner sont quelque peu allergiques à la pollution citadine, du coup ils s'étaient mis au vert avant nous. C'est donc séparément que nous avons visité le parc, mais avec le même sourire sur les visages de nos enfants. Toujours en raison de ce départ décalé, et en l'absence de guest-house dans les environs, nous logions dans deux familles et deux villages disctincts. Chantal et Jacques étaient logés dans une famille où étaient donnés des cours d'anglais et ils en ont profité pour faire une petite intervention auprès des étudiants pour leur présenter notre projet (à suivre ultérieurement dans la Récolte des Patates). Nous avions trouvé refuge auprès d'une famille dont la grand-mère, chef de famille, nous faisait terriblement penser à Marie-Jo, notre voisine à la Réunion. Cette charmante dame et sa famille nous ont d'abord proposé un abri à l'occasion de l'averse tropicale qui nous a cueilli lorsque nous nous sommes engagés sur la piste menant au parc, avant de nous inviter à rester manger et dormir chez elle.

Pour l'anecdote, Chantal et Jacques, qui ont passé 3 nuits chez leur hôte, ont reçu le dernier soir la visite de la police ... le régime des Khmers rouges est loin derrière et la démocratie est de mise ici au Cambodge mais malgré tout, les touristes ne peuvent pas dormir librement hors des structures touristiques. Chantal et Jacques en seront juste quite pour un rappel des règles : lorsque l'on dort plusieurs nuits au même endroit, il faut se faire enregistrer auprès de l'autorité compétente... 

Après avoir salué, chaudement remercié (et indemnisé) nos familles d'accueil respectives, nous nous retrouvons sur la route et mettons cap au sud, objectif suivant : la mer !
Chantal et Jacques, en quittant leur famille d'accueil,  pour nous rejoindre sur l'axe principal ont dû emprunter une piste qui, en ce début de saison des pluies, s'est révélée être plutôt  .... boueuse !

 

Nous sommes tous des amoureux de la mer et vivons tous autour de la grande Bleue (on ne parle même pas de notre Bretonne !) alors voir l'horizon dégagé, sentir les embruns, mettre la tête sous l'eau pour voir faune et flore sous-marine, tout cela commence à nous manquer sérieusement. L'appel de la mer nous donne des ailes et nous avalons les kilomètres.

En chemin, nous retrouvons les rizières verdoyantes

Le premier soir de notre descente vers le sud, nous faisons halte dans un petit village et "louons" une maison pour la nuit. Ce village, n'est pas un lieu touristique, et notre joyeuse caravane ne passe pas incognito.


Du coup, ce sont plusieurs dizaines de personnes qui nous observent pendant que nous prenons possession des lieux pour la nuit. Plusieurs dizaines de personnes, dont une bonne majorité d'enfants, un peu de temps devant nous avant le repas du soir, il n'en faut pas plus à Jacques et Jean-Guillaume, pardon, à Monsieur Patate et Mister Douce, pour se lancer dans un nouveau show, qui cette fois ne se déroulera pas dans une salle de classe mais au beau milieu du village de Champei. Au final le résultat est le même : une franche rigolade pour tous !

 

Au matin du deuxième jour, nous décidons de rejoindre la côte si possible dès le soir même, on estime à environ 80 km la distance restant à parcourir, on en a fait presque 70 la veille, c'est jouable.

Nous renouons avec le relief, mais derrière les montagnes, la mer !

                             

Nous arrivons en fin de journée à Kep, station balnéaire fort sympathique du sud Cambodge. Premier bain salé depuis des mois, c'est bon ! 
Nous optons pour un hôtel en bord de mer bien entendu avec une petite plage ombragée qui, pendant deux jours, verra défiler toutes les petites patates y édifiant château, tunnel, et voiture en sable.
Nous profitons également des spécialités culinaires locales avec au menu crevettes, crabes et ... crêpes ! Ben oui, on ne se refait pas: par le plus grand des hasards, ou presque, notre hôtel est tenu par un breton (en vacances en France malheureusement) et ses crêpes ont régalé petits et grands à plusieurs reprises ! Mais que Odile se rassure, Chantal les a trouvé trop épaisses et Jeanne préfère celles de Grand-Mère, rien ne vaut une crêpe bretonne faite sur un billig en Bretagne ! 
Derrière Kep se dresse tout de suite de petites montagnes. Jacques et Jean-Guillaume, partis en repérage à l'occasion d'un footing pendant la sieste des enfants, avaient localisé une colonie de singes. Nous décidons donc d'y revenir avec les enfants mais serait-ce parce que nous avons eu du mal à les faire taire ou bien parce que déjà la nuit tombait mais les singes n'étaient plus au RDV. A leur place, d'énormes et majestueuses ou inquiétantes (selon les avis ! ) chauve-souris ont assuré le spectacle ! Mais le panorama sur toute la baie, valait à lui seul le "dérangement" !
Nous découvrons que Kep est un véritable aimant à expatriés, nous y rencontrons français, suisses, hollandais, allemands ... qui montent ici un commerce, souvent une structure hôtelière, et s'installent pour quelques temps ou très longtemps dans ce petit coin de paradis. Faute de pouvoir ou vouloir monter un business, il est toujours possible de se pauser quelques temps à Kep en travaillant comme professeur à l'école française de Kep comme Lucie, Anne-Cath, Marc ou Manu. Tous vivent ensemble dans une grande maison en bois toute ouverte sur l'extérieur où d'emblée on se sent bien. Nous interviedrons dans cette école, qui, en raison des vacances scolaires venant de débuter (ici aussi), sera plus exactement un centre de loisirs.

Mais avant, au large de Kep, l'île aux lapins et ses bungalows les pieds dans l'eau nous attendent ! Nous y passons quatre jours de farniente, jeux sur la plage et dans l'eau, exploration des hauteurs de l'île, ramassage de coquillages puis dégustation de ces derniers.

Caroline

 

L'île aux lapins ou "Rabbit island", à moins que ce ne soit l'île aux pigeons ... Même son nom khmer a été abandonné au profit de ce sobriquet que les touristes retiennent sans doutes mieux.
En y débarquant, le "routard" est immédiatement rassuré : les icônes de la haute gastronomie occidentale sont là, Nutella, Vache qui rit et Pringles. Ca va bien de bouffer du riz à chaque repas, s'autoriser son petit pêcher mignon de temps en temps est quand même appréciable. Oui Jean-Pierre (Coffe), même si l'on sait que "c'est de la merde" !
Rabbit island n'est pas encore (mais ça ne devrait pas tarder) totalement écrasée par le rouleau compresseur de l'industrie du tourisme qui transforme chaque coin de paradis de ce monde en machine à consommer. Ce qui est drôle c'est que parmi les "backpackers" qui y viennent on y trouve ceux qui clament fuir une société pourrie par le fric, des jeun's partis à la recherche d'une authenticité qu'ils ne trouvent pas chez eux ...
Pour le moment (et je me répéte), le tourisme est concentré sur une seule plage de l'île, qui est la plus grande et la plus belle selon nos critères de vacances parfaites : sable blanc, cocotiers et bungalows spartiates (spartiate rime avec authentique et donc le "backpacker" aime !), un vrai décor de carte postale. Mais ces bungalows face à la plage partagée par tous, espacés de moins de 2 mètres les uns les autres, finalement on n'est pas bien loin du Pierre et Vacances ou du camping des "flots bleus" de la Grande Motte ... Non, pour venir à Rabbit Island, pas d'autoroute du soleil embouteillée mais un billet TDM (tour du monde pour les non initiés) au cours duquel on fait une escale, c'est quand même plus classe, beaufs s'abstenir. Au passage, le beauf crame moins de pétrole avec ses 2 semaines dans le sud de la France que le "backpacker" parcourant le monde, mais ça reste quand même plus classe ...

Recto de la carte postale,


Recto de la carte postale : plage, palmiers et paillotes, la première étant d'une propreté qui n'a rien d'authentique pour le Cambodge. Et verso de la carte, là où l'on ne sait jamais quoi écrire à sa grand-mère que l'on ne va plus voir tant elle radote, les autres plages, occupées par les pêcheurs, beaucoup plus authentiques celles-ci car jonchées de bouteilles et bidons en plastiques. Tandis que notre plage est consciencieusement balayée, les détritus étant entassés juste derrière les paillottes pour ne pas gâcher notre vue, les autres sont laissées telles quelles. Moches, dégueulasses ? Pour qui ? Pour nous, oui, mais les pêcheurs eux s'en foutent éperduement. Ils trouvent même pratique d'avoir sous la main une telle quantité de flotteurs qu'ils utilisent pour leurs filets. Et nous qui filtrons l'eau de pluie pour ne pas consommer de bouteilles en plastique, c'est vraiment salaud pour les pêcheurs ! Peut-être même qu'ils trouvent ça beau, eux. Après tout, des bataillons de designers s'acharnent sur le packaging de nos produits de consommation pour qu'on les trouve beaux. Alors quoi, le design sympa du dernier bidon d'Ariel ne l'est plus une fois qu'il repose sur la plage ? C'est à n'y rien comprendre !

et verso :

Tout ceci étant bien entendu à prendre au troisième degré (parfois mais pas toujours non plus !), les quelques jours que nous venons de passer sur cette île nous ont permis de prendre du bon temps, entre baignade avec les enfants, sieste dans les hamacs, lecture (merci pour les bouquins JD !), apéro ti-punch accompagné de noix de coco fraîchement coupées. A ce propos, je ne peux résister à l'envie de partager un doux aphorisme dont Cylia est l'auteur : "sur un cocotier poussent ... des cocottes". L'évidence même, le pommier donne les pommes, le poirier les poires et le cocotier les cocottes. Attention, ne dormez jamais sous un cocotier, vous risqueriez de vous prendre une cocotte sur le coin de la tronche.

D'autres îlots vus depuis Rabbit island.

Séchoirs à poisson et ponton pour les pêcheurs.
     

Maintenant retour sur Kep pour une dernière soirée Kep bretonnes (eh oui, au bout de plusieurs mois d'exil l'estomac est la partie de notre corps qui est la plus nostalgique) et le lendemain une petite intervention à l'école française avant de se remettre en route vers l'ouest et la frontière thaïlandaise.

Jean-Guillaume

 

Notre périple au Cambodge pourrait s'intituler "Les Patates Douces ou la malédiction des bateaux" ! Déjà, depuis la frontière laotienne nous voulions prendre un bateau pour descendre le Mékong au mimimum jusqu'à Kratié voire jusqu'à Kampong Cham, oui mais voilà, plus de bateau depuis que la route reliant la frontière à la capitale a été achevée. Ensuite, nouvel échec pour traverser le lac Tonlé Sap et relier Siem Reap à Phom Penh, au motif cette fois que le niveau de l'eau n'est pas encore assez haut ... Nous avions enfin prévu de passer la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande par la mer .... mais rebelotte : il n'y a plus de navette maritime depuis que la route est terminée entre la frontière thaïlandaise cette fois et la capitale, et cela depuis quelques semaines tout au plus. Nous n'avons pas pédalé assez vite ....
Nous avons donc quitté notre petit eden de l'île aux lapins pour intervenir dans l'école de français de Kep. Notre présentation dans l'école s'est faite en petit comité (une quinzaine d'élèves) et nous y avons pris beaucoup de plaisir. Notre jeune public était très attentif et leurs encadrants également ! Pour plus de détails, allez donc jeter un coup d'oeil à la "Récolte des Patates". Après une nouvelle orgie de crevettes partagée avec toute l'équipe de l'école, nous reprenons la route pour rejoindre Kampot, que nous atteignons en fin d'après-midi.   

A partir de Kampot, nous faisons bande à part. Les Steiner ne veulent pas quitter le Cambodge sans avoir vu à quoi ressemblent la faune et la flore sous-marines et ils sont prêts pour cela à faire un crochet d'une 100aine de km par la grande ville de Sihanoukville pour s'offrir ce plaisir. Nous, les Clabaut, amoureux de la plongée certes mais pas au point de faire un tel détour, avons décidé de nous enfoncer un peu plus dans la forêt : les montagnes des Cardamone s'y prêtent à merveille. Rendez-vous à huit dans une semaine environ pour passer en Thaïlande, le 14 juillet. 

Nous passons notre première nuit dans un temple où Clément fait faire un peu d'exercice à l'un des valeureux moines.

Nous commençons à grimper, doucement toujours, mais nos cuisses nous rappellent à de vieux souvenirs nord-vietnamiens ! D'ailleurs, ces rizières verdoyantes encerclées de montagnes à la végétation luxuriante ne sont pas sans nous remémorer nos 500 premiers kilomètres pour rallier la frontière laotienne. Malgré le dénivelé, nous affichons plus de 75 km au compteur lorsque nous atteignons la petite ville de Andoung Tuek à partir de laquelle nous allons rejoindre le lendemain le petit village de Chi Pat, au coeur des Cardamone. Nous empruntons une piste en latérite, sur près de 20 km, bien vallonnée, et ... pleine de graviers comme on les aime à vélo : bilan des courses une belle chute pour moi, un superbe bleu à un endroit que mon amour-propre m'interdit de vous dévoiler et des égratignures un peu partout sur la jambe droite, à part cela, que du bonheur !
Chi Pat dès les premiers instants nous a séduit. Niché au coeur de la forêt, au bord de la rivière, un village authentique mais tourné vers l'éco-tourisme. Le dynamisme du "Centre d'accueil" ainsi que la gentillesse et la qualité de l'accueil qui nous a été donné, en font un lieu que nous recommendons vivement. Trekking, VTT, kayak, sortie en bateau, tout est possible ici. Nous n'y passons qu'une journée et demie mais c'est vraiment faute de temps car nous y aurions bien volontiers posé nos sacoches pour quelques jours de plus !
   Chi Pat, un village niché au coeur de la forêt.

Après notre arrivée, une fois installés dans une charmante famille qui y tient l'une des guest-house du village, nous partons pour une cascade, nichée dans son écrin de verdure. Là, nous goûtons à la sérénité des lieux quand, au loin, l'orage arrive. Un orage, en pleine forêt, les fesses dans l'eau, ça n'est pas exactement ce que l'on pourrait qualifier de comportement responsable ... nous commençons donc, tranquillement, à sortir de l'eau et à habiller les enf ... heu non pas le temps l'orage est là maintenant, il nous a surpris, nous arrivant droit dessus plus vite que nous ne l'avions estimé. La foudre tombe, pas très loin nous semble-t-il, le tonnerre résonne si fort que nos tympans sifflent ... on se casse !! On enfourne les enfants dans la carriole, encore tous mouillés, on ne prend pas non plus le temps de nous changer, de toute façon, vue la pluie qui tombe, ça ne servirait à rien, et on entreprend de sortir au plus vite de la forêt pour rejoindre la piste principale, plus large et donc plus sûre. Alors que nous venons de démarrer, je suis devant et Jean-Gui me suit de près, enfin c'est du moins ce que je pensais jusqu'à ce que je l'entende pester (et c'est un bien faible mot !) loin derrière : la suspension de la remorque vient de casser nette, impossible de rouler. Il faut dire que le chemin que nous empruntons est semé de nids de poule, ornières, souches, et autres obstacles qui, pris à la vitesse à laquelle nous allons, mettent nos machines à rude épreuve !
C'est le déluge, le vent souffle de plus en plus fort, l'orage gronde autour de nous et nous sommes à 4 km de la première habitation ! "Tout va bien, pas de panique", telle est toujours notre devise ! Nous tirons péniblement la carriole, avec les enfants à l'intérieur, le plus loin possible des grands arbres. Jean-Guillaume examine de plus près la pièce qui nous a lâché, impossible de la réparer sur place (et probablement impossible à réparer tout court, mais chaque chose en son temps ! ). Il parvient cependant à bricoler un système qui neutralise la suspension et permet au moins de rouler sans que la roue ne frotte et ne risque de se désaxer. On valide la réparation de fortune et on met les bouchées doubles pour regagner notre guest-house. Des trombes d'eau s'abattent sur nous, on n'y voit pas à plus de deux mètres mais nous arrivons enfin chez nos hôtes, visiblement heureux de nous voir ... et nous donc ! Bien entendu de tout ça, il n'y aura pas de photo, nous n'en avons pas eu le temps ni même l'idée.

Cet épisode est presque déjà oublié (reste quand même à réparer la carriole) que nous pensons à notre journée du lendemain. Compte tenu de l'état de la carriole, et du mien suite à ma superbe gamelle, on écarte rapidement un tour de VTT, de même pour le trekking car sans porte-bébé digne de ce nom ni chaussures de marche, ça sent le plan galère, ce sera donc par la rivière que nous explorerons cette forêt.
Réveil 5h30 (quand on vous dit que ce ne sont pas des vacances, à part l'un de mes beaufs, je ne connais personne prêt à se lever aussi tôt, qui plus est en vacances !), et à 6 heures nous descendons la rivière d'abord avec le moteur pour atteindre un bras de rivière plus enfoncé encore dans la forêt, puis à la rame. Ok, la barque à moteur, ne sera pas la partie la plus écologique de notre séjour, nous faisons là notre mea culpa mais l'appel de la forêt a été le plus fort !

Caroline

 

Ces explorations de la fôret en barque, ou par la suite en kayak, sont de purs instants de bonheur. Nous longeons les berges sans faire de bruit quand soudain de superbes oiseaux s'envolent de leur arbre pour aller voir en face, sur l'autre berge, si les fruits sont meilleurs. On entend des branches bouger et des cris stridents, il s'agit d'un groupe de singes curieux qui nous observent. Nous en verrons d'autres par la suite, le long de la route qui traverse les Cardamones, ce qui nous fait réaliser à quel point ce moyen de locomotion permet d'apprécier ce qui nous entoure et notamment d'entendre chaque bruit.
                         La rivière protégée par des remparts végétaux :

Le lendemain, 10 km après avoir repris la route, nous amorçons une descente que l'on voit se transformer trop rapidement à notre goût  en belle montée. Je décide donc de mettre les gaz pour prendre un maximum d'élan en vue de la montée. "A fond les ballons" comme dirait Cylia, j'arrive dans le creux de la cuvette pour me rendre compte que ce que je croyais être de simples gravillons sont en fait une série d'énormes nids de poule ... à cette vitesse impossible de les éviter, je tente un saut par dessus, mais avec la carriole accrochée aux fesses, seule la roue avant se lève. BLAM, je serre les dents, les fesses, les coudes, tout ce qui peut se serrer, et je tend l'oreille pour savoir quel autres bruits suivront. La sentence ne se fait pas attendre, ma roue arrière fait un méchant bruit de frottement et j'ai maintenant l'impression de rouler sur de la tôle ondulée ... Verdict, un magnifique plat sur la roue qui est également bien voilée. Sale temps pour la mécanique, après la suspension de la carriole (dont l'essieu est maintenu par un bout de ficelle et un vieux clou rouillé), une roue HS. Et au milieu de rien en plus. Inspection et analyse rapide de la situation : trop risqué de continuer avec une roue si fragilisée dans un relief si accidenté. Nous décidons alors d'arréter une voiture pour nous ammener à la fin de notre étape. Ce seront en fait une voiture et un camion benne qui nous achemineront, Caro et les enfants dans la première et moi dans le second.

Analyse approfondie de la situation ...                       verdict : on finit en stop.
  

Traversée des Cardamones, attention aux éléphants !

Maintenant tous ces petits soucis sont résolus, la roue a été redressée à coups de madrier et de marteau par un petit garagiste et la lame de la suspension de la carriole a été remplacée par une neuve, taillée dans la masse d'une lame de suspension de 4x4 ...

Nous sommes à quelques kms de la frontière thailandaise que nous allons franchir demain.
Un nouveau cap va être franchi puisque nous allons quitter le Cambodge sans y revenir par la suite au cours de notre périple, ce qui ne s'est pour le moment jamais produit. Ce pays nous a enchanté par les merveilles que nous y avons découvert : les temples d'Ankor, les villages flottants du lac Tonlé Sap, les îles bordant la petite bande littorale et la forêt primaire des Cardamones. Mais ce qui nous a le plus marqué reste la joie et la bonté de ses habitants auprès de qui nous avons reçu de véritables leçons d'humilité, de générosité et de dignité.

Enfin, je voudrais dédier cette étape cambodgienne à ma maman qui m'a appris il y a quelques jours que la maladie contre laquelle elle se battait depuis plusieurs mois était enfin en voie de guérison.
Régulièrement ma pensée allait vers toi lorsque je pédalais. Je suis fier du courage dont tu as fait preuve au cours de ce combat mais aussi quand tu m'as laissé partir en ce moment difficile. Et je voudrais remercier mon père ainsi que mes frères qui ont été au plus près de toi et qui m'ont convaincu de ne pas renoncer à ce voyage.

Jean-Guillaume