Cinquième partie : du 16 avril au 14 mai 2010
Laos, de Savannakhet à la frontière cambodgienne

 

 

De Savannakhet à Pakxé, du 16 avril au 1er mai 2010

Alors tout d'abord, chapeau bas à Jacques, qui a réussi à faire tenir 15 jours de, plus ou moins joyeuses, péripéties thaïlandaises en "quelques" lignes, l'opération n'était pas aisée et il y est parvenu avec brio !

Bye-bye tumultueuse et oh combien accueillante Thaïlande, nous prendrons grand plaisir à revenir te visiter dans trois mois. Mais d'ici là, c'est avec autant de joie que nous retrouvons ce petit havre de paix et de sérennité qu'est le Laos ... certes pendant la fête de Pi Mai, où tout le monde s'arrose dans la rue, le calme n'est que très relatif, disons qu'il faut bien choisir son itinéraire si l'on veut espérer passer entre les gouttes !
Ceci étant, la saison des pluies est doucement en train de s'installer, et comme l'a dit Jacques, c'est un magnifique grain tropical qui nous cueillera à notre arrivée au Laos, et quelque chose nous dit que ça ne sera pas le dernier, loin de là ! 

Au lendemain de notre arrivée, et comme chaque fois que l'on décide de se pauser un peu pour souffler et mettre en ligne la suite de notre carnet de voyage, c'est repos pour tout le monde. Petite ballade dans les environs pour réaliser que Savannakhet est vraiment divisée en deux catégories : les rues où il est impossible de passer sans se faire mouiller, et les rues désertes, où tous les rideaux des magasins sont baissés. C'est notamment le cas de la Poste, ce qui nous pose problème car nous devons récupérer un colis envoyé de France en Poste restante : notre escale dans la ville s'en trouvera donc rallongée car nous devons attendre sa réouverture, lundi.
Soit, nous patienterons.
Notre hôtel, avec une grande cour intérieure et un carbet pour nous abriter du soleil et des averses (plus aucun doute, nous sommes en saison des pluies !), convient parfaitement à toute l'équipe et 4 jours passent, tranquillement, entre promenades, visite d'une fabrique de coton, bain dans le Mékong et nouvelles rencontres.

Un singe cyclo-touriste (ne cherchez pas de laisse, il était libre comme l'air)
 


Dans l'enceinte de l'hôtel, les occupations ne manquent pas, et Yeng, le jeune gardien, entraîne nos loustiques pour leurs futures "robinsonades" :

         D'abord, cueillir la noix de coco,             puis, la ramasser.                                       
 

Ensuite, la décortiquer,                                                         et, enfin la déguster !            
 


Le dernier soir dans la ville, le 19, nous avons fait la connaissance d'un couple d'instituteurs, Fabienne et Thomas, lui, ancien VAT en Nouvelle-Calédonie, tous deux ont vécu plusieurs années en Guyane, et ils voyagent avec Louise, leur petite fille de 4 ans : que de points communs, nous étions faits pour nous rencontrer !! Nous passons une excellente soirée tous ensemble, avec le traditionnel échange de bons tuyaux. Peut-être aurons-nous l'occasion de nous retrouver au Cambodge d'ici 2 mois ... à suivre.
Nous sommes à peine couchés (Chantal même encore sous la douche) qu'un nouvel orage éclate à 2h30 du matin ... pendant plus d'une heure, éclairs et tonnerres nous tiennent éveillés mais que les grands-parents se rassurent, les quatre petites marmottes n'ont pas levé un sourcil !!

Le 20 au matin, nous reprenons la route, notre colis ayant été récupéré la veille. En fait, en guise de route, c'est surtout une piste que nous suivons, une superbe piste rouge brique qui nous fait découvrir une succession de petits ponts en bois et des villageois qui nous accueillent avec des "Sabaïdee" fusant de tous côtés.

 


En fin d'après-midi, nous nous arrêtons dans un village un peu plus gros que les autres où nous trouvons une Guest House. Le bain dans le Mékong, devenu traditionnel, clôturera cette journée de reprise.

Vue depuis notre coin baignade


Notons que c'est dans cette Guest House, après une chute malencontreuse de la table, que notre appareil photo a rendu l'âme, nous devrons désormais compter uniquement sur celui des Steiner ...

La piste se poursuit, toujours aussi belle ... et caillouteuse. Les journées passent et se ressemblent, avec cette baignade dans le Mékong, qui tous les soirs nous ravigotte, nous apaise, et permet un grand moment de convivialité entre petites et grands patates, sous le regard des curieux toujours aussi nombreux.
Nous faisons halte à Napaksoun, petit village avec un air de bout du monde, on ne croise pas souvent de "falangs"ici, (nom donné aux touristes occidentaux et que nous entendons fréquemment lors de notre passage, venant parfois de très loin !). On se demande encore comment c'est possible, mais, lorsque l'on demande où l'on peut dormir, en pensant être dirigés vers le Temple ou l'école du village, on nous indique qu'il y a un hôtel : oh, un hôtel, ici ? Ben, oui, et pas des moindres, une maison en bois, divisée en 2 belles chambres, grand luxe comme son nom l'indique, "The Bungalow of Paradise" ... pour 10 € par chambre (prix le plus élevé que nous ayons payé jusqu'à présent) ! Et pour manger ? Il y a un restaurant, décidemment, c'est trop simple ... oui mais il est fermé aujourd'hui : ah on se disait aussi ! Finalement, les tenanciers du restaurant réouvrent pour nous : si on nous passe tous nos caprices nous allons finir par prendre de mauvaises habitudes !  Nous passons une excellente soirée avec une imitation des différents animaux de son répertoire par un Monsieur Patate très en forme, et ça n'est pas son auditoire broyé de rire une partie de la soirée qui me contredira.

Ben là c'est sûr, nous sentions bien comme un air de bout du monde, et ça s'est vérifié. La veille, en allant nous baigner, nous avions remarqué que la route que nous pensions emprunter pour sortir du village était un cul-de-sac, mais nous ne nous étions pas plus inquiétés que ça, il y avait une autre route ... enfin un deuxième cul-de-sac plus exactement !

Comment ça il n'y a pas de pont et la route s'arrête ? Mais pourtant la carte .... 

Mais alors c'est par où la sortie ? Une seule route conduit à ce village, celle d'où nous venons ... nous en serons quitte pour un détour de presque 50 km. Allez, il était sympa ce village, nous ne regrettons même pas l'erreur de la carte qui nous indiquait une route qui n'a vraisemblablement jamais existé. Enfin, Chantal ne sera peut-être pas de mon avis car aujourd'hui a été une mauvaise journée pour elle avec 2 gamelles, heureusement sans gravité. Les gravillons ça glisse, tout le monde s'en souviendra ! Une belle frayeur pour tous et quelques égratignures pour l'intéressée, tel est le bilan de cet incident de parcours.

La journée a également été marquée par une anormale excitation chez nos adorables bambins, serait-ce le contre-coup des médicaments anti-paludéens ? Nous l'espérons, en effet, Fabienne et Thomas, rencontrés à Savannakhet, nous avaient prévenu que Louise, quelques jours après le début du même traitement, avait été particulièrement excitée mais que depuis tout était revenu dans l'ordre. Reste à espérer qu'il en soit de même pour nos chérubins, car ils nous ont mis les nerfs à rude épreuve aujourd'hui : doudou, tétine, poupée, petite voiture, tout est passé par dessus bord, avec à chaque fois un demi-tour pour aller récupérer l'objet gisant au milieu de la piste, comme si notre détour initial ne suffisait pas, voilà qu'ils en rajoutent les bougres !
Le midi, nous nous arrêtons devant une maison où de nombreuses personnes sont en train de déjeuner. Nous pensons qu'il s'agit d'un restaurant mais il n'en est rien. C'est comme des invités et non comme des clients que la maîtresse de maison nous accueille, partageant le traditionnel riz gluant dont les enfants rafolent. Comble de joie pour trois de nos quatre bambins, ils auront droit à un tour de moto !


En fin de journée, nous rattrapons la route nationale. Nous nous éloignerons également du Mékong pour quelques jours mais qu'à cela ne tienne, la baignade salvatrice se fera dans l'un de ses affluents, et nous trouverons refuge dans un temple pour la nuit.
Nous apprécions dormir dans les temples, il y règne une ambiance très particulière subtile mélange de sérennité et de joyeuse animation, les temples étant véritablement ouverts à tous. En cette saison chaude et humide, il ne faut pas se le cacher, c'est aussi le fait de pouvoir dormir en extérieur mais dans un abri sûr qui nous séduit. Cette nuit nous a conforté dans nos positions car un nouvel orage a éclaté mais, entre les rafales de vent et le vacarme de la pluie sur la tôle ondulée, nous avons pu savourer la fraîcheur des lieux.

Aujourd'hui, nous sommes le 23 avril et c'est un grand jour, Joseph a 2 ans ! Pour fêter cet événement nous nous offrons une belle étape, presque un nouveau record puisque nous affichons 80 km au compteur et pourtant nous commençons à prendre un peu d'altitude. Nous avons confirmation, si besoin était, que les indications de notre carte routière ne sont que des indications et encore à 10 km près mais pour nous, à 17 heures, un soir d'anniversaire, 10 km en plus, ça compte ! Bref, nous atteignons la petite ville de Napong et nous installons dans un hôtel, où nous fêterons dignement les 2 ans de Joseph. Chantal avait anticipé et acheté à Luang Prabang une bougie représentant le chiffre "2" mais au moment de la déballer, oh surprise, la bougie avait fondu ! Nos saccoches sont en plein soleil et bien étanches, un véritable four solaire .... rassurez-vous rien à voir avec les carrioles de nos enfants, toutes aérées et ventilées en fonction de notre vitesse de progression, les petites patates ne sont pas prêtes de cuire, elles ! Chantal dégotte deux bougies qui feront très bien l'affaire sur notre superbe gâteau ! N'est-ce pas Joseph ?

En cadeau, le héro du jour reçoit une boite de légo et un petit vélo identique à celui acheté à Clément en remplacement de son vélo fétiche (égaré à la Mut Mee Garden Guest House). Le tout accompagné de bonbons pour les petits et de laolao pour les grands ... et pour Cylia qui en a malencontreusement bu une gorgée.

Le petit vélo caché dans un paquet de bonbons  


Nous renouons avec la piste et pour fêter ça, nous nous offrons un bain de midi dans une rivière à l'appel de laquelle nous n'avons pu résister.

 

Et, nous ne sommes pas les seuls à barbotter,

 

Mais il y en a quand même qui sont là pour bosser, eux:

 

Nous avons, à nouveau, quitté la nationale pour nous diriger, par les chemins de traverse, vers le plateau du Bolovène où nous pensons faire halte quelques jours. Les paysages sont superbes, la piste traverse une forêt qui se densifie, à l'inverse de la population qui, elle, se raréfie. Nous croisons tout de même des villages où les mines des habitants à notre passage nous font prendre conscience que nous sommes vraiment une drôle de caravane et, qui plus est, en dehors des sentiers battus.

 


Pas question de trouver ni hôtel ni guest-house par ici, mais comme nous sommes samedi soir et que demain il n'y a pas classe, c'est sur l'école du village de ____ que nous jettons notre dévolu. Après l'obtention des autorisations requises, et un tour dans la maison-épicerie du coin pour acheter de quoi manger, nous nous installons dans la salle de classe ouverte à notre attention. Finalement, tous les enfants du village ont repris plus tôt que prévu le chemin de l'école pour venir observer puis jouer avec ces nouveaux copains.

D'abord, on observe de loin ces curieux petits touristes,        puis on se rapproche, progressivement,       

 
et pour finir dans une joyeuse melée, n'est-ce pas Clément ?

Le soir, une famille habitant la maison voisine, nous prouve une nouvelle fois que l'Accueil n'est pas un vain mot dans ce pays. Koé, le mari, nous propose nattes et coussins et va même jusqu'à tirer une rallonge avec une ampoule pour nous éclairer le soir car il n'y a pas d'électricité dans l'école. Tandis que sa femme nous apporte de l'eau et ... du riz gluant bien sûr, agrémenté de quelques fourmis soit dit en passant...
Au réveil, les enfants sont de retour, et nous mettrons du coup un certain temps à préparer nos affaires, nous ne décollerons qu'à 10 heures passées.
Nous savions que nous allions avoir chaud et ce fût le cas : les deux premières heures de pédalage sur la piste poussiéreuse et brûlante ne sont pas des plus agréables pour ceux qui pédalent, bien que les paysages soient superbes. Pour les enfants en revanche, à l'abri derrière leur moustiquaire, ce sera un créneau sieste comme les autres, bien ventilés par les papas.

 

Nous traversons également des plantations d'hévéa. Dans cette partie du pays, il s'agit principalement de partenariat entre le Laos et le Vietnam voisin, pour déforester le secteur et replanter à la place ces précieux arbres, matière première pour l'industrie du pneu : et oui les pneus de nos si chères voitures proviennent bien souvent de cette région du monde, après que des hectares de forêt primaire aient été arrachés pour être remplacés par des arbres bien plus lucratifs mais beaucoup moins diversifiés. Même au fin fond de cette brousse laotienne, la mondialisation nous rattrape ! Sans commentaire ...

En début d'après-midi, nous franchissons un nouveau cap, celui des 2000 km parcourus !

Non, nous n'avons pas vendu Joseph, il dormait !

2000 km au compteur, la preuve en image :

En réalité, nous en avons même plus au compteur car nous ne comptabilisons pas les allers et retours pour faire les courses, visiter les lieux où nous séjournons, etc etc. D'ailleurs, nos deux compteurs, celui ne prenant en compte que les kilomètres d'avancement réel sur notre itinéraire, et celui comptabilisant tous nos déplacements, y compris les demi-tours pour récupérer les jouets jettés par dessus bord (enfin ceux de Jacques car c'est sur son vélo qu'il est installé), totalisent déjà plus de 200 km de différence, ça n'est pas rien ! Voilà, je referme la parenthèse chiffrée. 

Les 2000 km immortalisés, nous filons (et oui nous avons retrouvé le bitume) ensuite vers les chutes d'eau de Tad Lo où nous sommes tellement charmés par les lieux que nous nous offrons une journée off pour profiter pleinement de ce cadre idyllique !

 

Nous avons opté pour une Guest-House fort sympathique en bordure de rivière, en contrebas des chutes. Inutile de préciser que nous nous y sommes baignés, cela va de soi.
Le lendemain, nous parcourons les 500 m qui nous séparent des chutes et du Resort grand standing qui s'y est installé, dans un grand respect des lieux, c'est à noter. Nous avons décidé d'y pique-niquer et cherchons le bon endroit, nos critères étant l'ombre, une dalle plate et une eau peu profonde ... nous pensons avoir trouvé la perle rare quand, en amont, nous apercevons l'arrière-train d'un éléphant !
Notre sang ne fait qu'un tour et nous remontons la rivière pour nous rapprocher du pachyderme, ou plus exactement des 3 vénérables éléphantes, qui, nous l'apprendrons par la suite sont âgées de 42, 72  et 78 ans rien que ça ! Nous les observons un long moment, les éléphants sont en liberté la journée et la nuit ils sont en forêt avec une longue chaîne leur permettant de se restaurer librement car ces géants doivent se restaurer toutes les 4 heures, et pour cela il ne leur faut pas moins de 40 kg de banane ou papaye.
Pour la petite anecdote, la nuit dernière, les pachydermes n'en ont fait qu'à leur tête, ont rompu leur chaîne pour aller dévorer la plantation de bananes voisine... du coup aujourd'hui deux d'entre eux sont punis et ont, à titre exceptionnel , leur chaîne en pleine journée.
En fin d'après-midi, après la sieste des enfants, nous voulons retourner voir les éléphants en espérant assister à leur bain de fin de journée dans la rivière. Malheureusement, en raison de l'orage qui se rapproche, le bain a été avancé et les éléphants ont déjà regagné la forêt lorsque nous arrivons. Grosse déception pour tous mais de courte durée car rendez-vous est pris pour le lendemain pour une ballade à dos d'éléphants : une grande première pour tous !

Dès le réveil, l'excitation est palpable chez les enfants mais également chez les parents. A 8 heures, tout le monde trépigne d'impatience devant les éléphants qui sont en train de se préparer : bain, séchage, installation des selles-fauteuils, et mise en place au pied de la tour d'embarquement !

  

Et bien ça y est, nous y voilà, nous tâtons cette peau dure, épaisse ... et poilue ! Et les poils d'un éléphant, ça n'est pas un duvet tout doux, le crin du cheval à côté c'est de la soie ! Nous déambulons dans la forêt au lent rythme du balancement de nos trois géants. Nous observons la complicité entre la bête et son cornac, qui tout en douceur, avec de simples pressions derrière ses oreilles indique la route à prendre.

Nous traversons la rivière, picorons dans les arbres des fruits très sucrés (sorte de cerises locales), traversons un village isolé en forêt en étant à la hauteur du toit des maisons, écoutons les bruits de la forêt, dérangeons un caméléon : nous jubilons et l'heure et demie de ballade ne rassasie pas les enfants qui ne veulent plus descendre.



 

Visite d'un village.                                                 Opération cueillette      
 

Pourtant il est déjà l'heure de dire au revoir à nos trois nouveaux amis afin de reprendre la route ... après un petit bain dans la rivière quand même. Nous quittons avec regret cet endroit qui nous a offert deux belles journées de pur bonheur au milieu d'une végétation luxuriante, dans une guest-house tout en bois avec beaucoup de charme et la rivière qui coulait au pied de nos chambres. Pour les enfants, outre les bains dans ladite rivière et les éléphants, leur bonheur a tenu à deux choses : les trois petits vélos en libre accès dans la salle de restaurant et un adorable chiot. 

Lorsque nous avons décidé de venir visiter le plateau du Bolovène, nous savions que nous allions devoir affronter de belles montées car celui-ci s'élève à plus de 1000 mètres d'altitude, la fraîcheur se mérite et ça commence pour nous par un gros coup de chaud ... ça grimpe sec pendant une dizaine de kilomètres puis la pente devient plus douce, les paysages sont verdoyants, on sent que la température commence à s'abaisser, les enfants rêvent de la ballade à dos d'éléphant du matin, et nous traversons doucement le plateau et son abondante végétation pour atteindre la petite ville de Tatteng où nous passons la nuit.

Nous repartons, direction Paksong, les paysages que nous traversons nous fait étrangement penser à la Réunion, une origine volcanique, une végétation abondante, une certaine humidité dans l'air.

 Des écoliers croisés sur la route,

un étrange passager clandestin, un IVNI : insecte volant non-identifié 

Nous atteignons Paksong en fin de journée, et, alors que nous sommes arrêtés sur le bas côté de la route pour consulter la carte et décider si nous y passons la nuit, une jeune femme à vélo, accompagnée de son bébé, s'immobilise à notre niveau et nous invite à venir passer la nuit chez elle. Notre hôte s'appelle Vony et est mariée à un hollandais, ils ont une plantation de café, spécialité du plateau des Bolovène, ils tiennent également un café et vendent du miel. Nous passons ainsi une excellente soirée avec Kofi, Vony et leur fils Johnny : dans la série des "i" ... Leur café est un véritable délice, de même que leur chocolat venu, lui, tout droit des Pays-Bas.
La nuit est bonne mais courte car dès 5h30, ça s'active dans la maison, Johnny veut jouer avec ses nouveaux copains et fait de son mieux pour les réveiller. Pour notre escapade en brousse, Vony nous a conseillé un village au milieu des caféiers où le fait de dormir chez l'habitant se pratique, semble-t-il, fréquemment.

Nous décidons de nous y rendre car nous voulons retourner nous isoler dans un village et ré-intervenir dans une petite école, malheureusement, au final, il n'en est rien, et las de ne pas trouver de solution d'hébergement, nous décidons de reprendre la route direction les cascades de Tad Champee à quelques kilomètres de là.

La piste pour atteindre le village où nous ne dormirons pas ... pourtant ce ne sont pas les jolies maisons qui manquent :

 

A Tad Champee, le cadre est magnifique, nous y pique-niquons et y passons la fin d'après-midi.

La baignade, ça se mérite ! 

Mais le résultat en vaut largement la peine,

Déjà il nous faut quitter ce petit coin de paradis puisqu'il n'est pas possible d'y dormir ...  pour en retrouver un autre, toujours à proximité d'une autre cascade, celle de Tad Yuang cette fois : vous commencez à comprendre que le plateau des Bolovène regorge de rivières et cascades.

Les chutes de Tad Yuang seront l'occasion d'une nouvelle pause d'une journée. Plus touristiques que celles de Champee la veille, l'aménagement du site a toutefois été fait avec goût. La cascade en elle-même et son environnement sont d'une rare beauté.

   

Remarque purement personnelle : là encore, ces chutes d'eau, cette roche noire, la végétation luxuriante, la latérite sur la piste pour atteindre la cascade, l'humidité ambiante, Jean-Guillaume et moi-même revivons, pour notre plus grand plaisir, un petit morceau de notre parenthèse de vie réunionnaise.

Nous quittons le plateau des Bolovène en faisant un dernier crochet par la sympathique cascade de E-tu, et les impressionnantes chutes de Tad Fane qui surgissent d'un a pic au beau milieu de la forêt pour s'écraser plus de 200 m plus bas !

Au moment de repartir pour descendre sur Pakxé, c'est le déluge, mais équipés de nos ponchos et les enfants à l'abri dans leur carriole, la pluie n'est pas un obstacle, bien au contraire, sa fraîcheur est même un vrai plaisir.

Nous voici maintenant confortablement installés dans une nouvelle Guest-House où nous allons passer quelques jours pour, notamment, la traditionnelle relecture puis mise en ligne du carnet de voyage, pendant que les enfants vagabondent dans le jardin, à l'ombre des cocotiers et bananiers.

Caroline

 

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De Pakse à la frontière cambodgienne, du 2 au 14 mai 2010 :
Pakse est pour nous une étape incontournable ! Est-ce pour découvrir cette ancienne ville coloniale pittoresque ? Non, plus intéressant ! Pour apprécier le charme de cette bourgade au bord du Mékong alors ? Non, non, bien plus romantique ! Pour s'ennivrer de la (relative !) frénésie de cet endroit où de nombreux backpackers font une halte afin de préparer leur périple vers le plateau du Boloven, Vientiane ou le Cambodge ? Non, quelque chose de bien plus fun nous y attend !!! Nous devons nous y arréter pour récupérer la carte bleue que Jacques s'est fait outrageusement volé dans un hôtel thaïlandais. Je vous jure tout se perd dans ce bas monde et même dans les pays bouddhistes on ne peut plus être zen et relâcher un tantinet son attention ... Nous vivons une époque impitoyable !
Nous arrivons à Pakse le vendredi, vers 16h00, la poste est donc fermée et il est impossible de récupérer cette précieuse missive, normal nos postiers français n'auraient pas fait mieux (que tous les amis travaillant à la Poste n'y voient aucun esprit critique !). Le 1er mai tombant un samedi, la poste est alors fermée le lundi également pour rattraper ce jour férié perdu, ok c'est de bonne guerre. En attendant l'ouverture du bureau de poste, nous allons voir sur le site Internet de Chronopost où en est ce courrier, et nous découvrons avec stupeur que ce dernier est bloqué à Vientiane pour cause d'adresse incorrecte. Allez, ça avance, la carte est dans le bon pays mais par contre elle n'a plus que 10 jours pour arriver à nous (ou inversement peut-être ?) avant que notre visa laotien n'expire. Le mardi, nous décidons avec Jacques d'investir les bureaux postaux de Pakse pour qu'ils nous aident à débloquer la situation. S'ensuit alors un curieux bras de guimauve avec des postiers aussi gentils que zen ... que de pléonasmes! S'enchaînent en effet de grands moments de solitude, d'espoir, d'émotion mais surtout de fou rire.
Finalement, nous repartirons de Pakse le mercredi en laissant notre numéro de téléphone au postier, dans l'espoir qu'il nous appelle si la carte arrive avant que l'on ne sorte du Laos ... à suivre.

Cette étape, plus ou moins forcée, fût cependant l'occasion de faire de sympathiques rencontres dont deux qui nous ont particulièrement touché.
Brian et Terry, un jeune couple américain rencontré un peu avant Pakse pour être précis, en pleine réflexion sur l'impact environnemental de leur "way of life". Brian et Terry sont jeunes (26 ans), beaux, et jouent très bien de la musique, bref ils sont enviables en tout point. Et pourtant le temps de notre rencontre ce sont eux qui nous ont envié, nous qui ne sommes plus si jeunes, à la beauté toute relative et pas musicien pour un sou ... En fait c'est plutôt la philosophie de notre voyage qu'ils ont envié, voire même qui a franchement remis en cause leur démarche.
Brian et Terry vivaient de leur musique aux Etats-Unis et parcouraient le pays, de pubs en petites salles de concerts. Cette vie de saltimbanque leur faisait parcourir plus de 60 000 km par an, en voiture, ce qu'ils n'ont un jour plus supporté. Du coup, ils ont décidé de faire un break pour réfléchir et voir comment changer cela. Cette réflexion, ils la mènent au cours d'un tour du monde d'un an qu'ils effectuent ... en avion ! C'est en s'intéressant à notre voyage qu'ils ont réalisé le paradoxe de leur démarche. Cette soudaine prise de conscience, un peu honteuse, et cette farouche volonté d'agir pour essayer de sensibiliser, à leur niveau, les habitants du pays où la consommation de pétrole par personne est la plus élevée au monde, nous ont touchés. Nous nous sommes en effet vus en eux lorsqu'il y a ... ouille, ouille, presque 10 ans en arrière nous arpentions le monde, allant d'antipode en antipode sans réaliser l'impact de nos voyages.
Une autre rencontre intéressante fût celle de Margot et Vincent, une soeur et un frère voyageant 6 mois ensemble. Outre le plaisir d'imaginer nos enfants partir découvrir le monde de la sorte plus tard, nous avons ressenti une certaine fierté de constater que notre voyage en train et à vélo inspirait fortement Vincent, fervent écologiste en pleine reconversion professionnelle dans les constructions de maisons en bois, et qui nous a avoué que depuis qu'il nous avait rencontré ça lui faisait encore plus mal au c... d'être venu jusqu'à Bangkok en avion (il est à noter cependant qu'ils rentreront en France en train).
Derrière ces rencontres teintées de prises de conscience de l'impact environnemental du voyage, nous sommes ravis de constater qu'en partageant notre expérience nous pouvons, à notre tour, participer à l'avancement de la réflexion de certains. Nous ne nous voulons en aucun cas moralisateur et ne prétendons détenir aucune vérité, mais nous sommes simplement heureux d'inspirer ceux qui hésitent à partir voyager à vélo, peut-être avec des enfants et pourquoi pas à se rendre en de lointaines destinations en train plutôt qu'en avion. Car si nous l'avons fait, pourquoi pas eux après tout, ou même vous ?

Une autre activité passionnante nous attendait à Pakse ... notre déclaration de revenus ! Et oui, même durant une année sabbatique certaines démarches administratives nous rappellent à la réalité. C'est toutefois avec un certain mal que nous avons renoué avec celle-ci. Imaginez nous, Jacques et moi, l'un à côté de l'autre dans un cyber-café prêts à affronter la télédéclaration ...
Moi: "tu savais qu'il fallait un numéro de télédéclarant toi Jacques ?"
Jacques: "Ah non mince, bon j'envoie un mail à mon père et à Benben et Malika, les potes qui reçoivent notre courrier pour le leur demander.
Moi: "ouah la vache, j'ai l'impression de payer beaucoup plus d'impôts que l'année dernière !!!"
Jacques: "t'as déclaré les frais de crèche ?"
Moi: "ah bon faut le déclarer ça ? Bon j'appelle ma mère pour qu'elle me donne le montant"
Bref, sans notre base arrière qui gère admirablement bien nos papiers nous aurions été bien incapables de déclarer nos revenus ... Nous les en remercions, et le Trésor Public aussi !

Après ces rencontres enrichissantes et ces démarches enquiquinantes et peu fructueuses, nous remettons cap vers le sud pour nos 10 derniers jours au Laos.

L'étape suivante est le temple Wat Phu, à 50 km au sud de Pakse. Ce temple fût construit bien avant celui d'Angkor et plusieurs personnes nous ont conseillé sa visite comme étant une parfaite introduction à celui-ci.
Comme bien souvent, nos deux familles ne roulent pas ensemble car il est quasiment impossible d'avoir le même rythme entre les arrêts pipi et les lancers de jouets par dessus bord. En fin de journée les patates Clabaut sont en tête, mues par une envie qui tourne à l'obsession : trouver du jus de canne à sucre pour se désaltérer. Le tarin dans le guidon, coincé entre le klaxon canard et le porte bonheur thaï, nous ne voyons pas le panneau indiquant la bifurcation pour le Wat Phu ... Lorsque nous nous arrêtons, soulagés d'avoir enfin trouvé le précieux jus de canne, et encore plus de libérer Clément qui venait de mettre nos nerfs à rude épreuve en jetant de la carriole ses jouets dans un premier temps et les chaussures de sa soeur ensuite, la découverte de notre erreur finit de nous achever ! Nous décidons de faire une croix sur la visite du Wat Phu que nous ne connaiterons que par les photos que Chantal et Jacques en ont pris:

Les petites patates Steiner à l'assaut du Wat Phu: en carriole puis à pieds pour grimper les hautes marches.
  

   

  


     

Pour notre part, nous continuons quelques kilomètres jusqu'à l'embranchement pour le parc Xe Pian dans lequel nous voulons faire une seconde ballade à dos d'éléphant, et où l'on doit se retrouver le lendemain avec les patates Steiner.
En cherchant une guest-house dans le patelin situé à cette intersection, nous sommes abordés par un laotien tout de blanc vêtu, chaussé de superbes mocassins blancs, au physique de mannequin et à l'anglais parfait. On le croirait sorti tout droit d'une publicité "Le chat machine", dénotant sacrément avec les habitants de cette bourgade. Après nous avoir gentiment renseigné, il nous explique qu'il est descendu de Vientiane pour les affaires de son entreprise d'exploitation de bois. Notre chevalier blanc ne fait pas dans la pub, mais plutôt dans la déforestation ...
Mais qui est le vrai responsable de ce désastre ? Celui qui tronçonne à longueur de journée pour nourrir sa famille ? Le triste clown blanc qui s'enrichit de cet abattage mais qui fournit du travail à des centaines d'employés ? Ou Madame Toulemonde qui rêve de pouvoir s'acheter la petite commode en bois exotique qu'elle a repéré à "La maison coloniale" ? En tout cas, chacun de ces individus est un maillon de la chaîne humaine qui s'évertue à faire disparaître chaque année des hectares de forêt primaire, et du coup à décimer la biodiversité qu'elle abrite. Mais dormez bien braves gens, des règles existent pour pallier cela. Pour un arbre abattu, un arbre sera replanté ! Super, les forêts tropicales sont remplacées par de parfaits alignements d'arbres qui sont, eux, enfin utiles à l'homme : palmier pour l'huile de palme ou hévéa pour le caoutchouc. Lisez attentivement les étiquettes des produits que vous mangez, il y a de l'huile de palme quasiment partout. Quant au caoutchouc, et bien il nous permet d'aller au travail tous les jours et même de nous promener à bicyclette. Alors quoi ? J'arrête de bouffer et je reste cloîtré à la maison ? Non, certainement pas j'aime trop manger et il y a tant de belles choses à voir et à faire au dehors ! Mais avouez que c'est dur de se dire que nos enfants ne verront pas certains spectacles de la nature qui nous sont encore offerts aujourd'hui. "Tu vois mon enfant sur ces photos, c'était la forêt primaire au Laos. Y aller aujourd'hui ? Non, non, laisse tomber il n'y a plus rien, on a tout bouffé !"
Malheureusement je n'ai pas de solution. A mon humble niveau je surveillerai de plus près ce que je mange et veillerai à ce que ma prochaine voiture n'ait pas de pneus trop larges (voiture que j'essaierai d'utiliser le moins possible d'ailleurs). Bien sûr, ça ne changera strictement rien, mais au moins je me coucherai en paix avec moi-même.
Ok, je l'accorde, ces considérations sont bien loin d'un carnet de voyage mais elles hantent mon esprit lorsque je pédale face à une forêt que l'on coupe, brûle et remplace par un alignement d'espèces identiques. Je voulais les partager.

La forêt se fait petit à petit grignoter et carboniser ...
  
pour laisser place à des alignements parfaits d'hévéas, l'arbre à pneus:

Nous nous rejoignons avec Chantal et Jacques au village de Kiatngông, en bordure du parc Xe Pian d'où l'on peut organiser des ballades à dos d'éléphant. Nous avions été tant emballés par la randonnée sur le dos de ces pachidermes, faite sur le plateau du Boloven, que nous n'avons pas résisté longtemps à cette nouvelle tentation, d'autant plus que nous avons ici la possibilité de nous enfoncer dans une forêt primaire intacte.
Nous choisissons d'y faire une ballade d'une journée entière pour profiter un maximum de cette forêt que n'avons pour l'instant que longé sans jamais oser nous y aventurer sans guide (j'espère que cet aveu rassurera les grand-parents qui douteraient encore de notre caractère responsable).
Au village de Kiatngông, il y a 15 éléphants dont 13 appartiennent à des familles différentes et les 2 autres au parc. Il s'agit donc ici d'un animal familier et c'est amusant de voir au pied de nombreuses maisons sur pilotis la nacelle en attente de passagers.    
Le matin de la promenade nous laissons Clément divaguer devant la maison de notre hôte, le surveillant du coin de l'oeil tout en prenant notre petit-déjeuner. Nous apprécions particulièrement ces villages qui ne sont traversés par aucune route circulante car ils nous permettent de laisser beaucoup de liberté aux enfants qui vont de maisons en maisons. Pour les retrouver, rien de plus simple il suffit de se diriger vers l'attroupement des gens amusés du spectacle de ces petits blanc-becs intrépides. Nous voyons donc Clément s'éloigner, se faire embarquer sur le vélo d'un monsieur puis disparaître de notre vue. Il nous sera ramené un bon quart d'heure plus tard, le sourire jusqu'aux oreilles en nous baragouinant quelque chose au sujet des éléphants. Plus tard, lorsque nous rejoignons Chantal et Jacques pour la ballade, ils nous expliquent qu'en sortant de leur maison ce matin (nous dormions chez l'habitant dans deux maisons séparées) ils ont été agréablement surpris de croiser un éléphant, mais surtout très étonnés de voir Clément à califourchon sur le cou de celui-ci, fièrement installé entre les jambes du cornac. Voilà où était notre petit Clément ...
Nous nous retrouvons donc perchés sur le dos de ces mastodontes, chacune de nos familles ayant le sien. Après avoir traversé les rizières asséchées du village, nous pénétrons rapidement dans la forêt qui nous abrite des feux du soleil, quel bonheur ! Nos guides nous emmènent sur des petits sentiers et nous nous faisons caresser par les hautes feuilles des arbres. Les éléphants sont gourmands et s'arrètent régulièrement pour arracher des plantes par-ci par-là et les engloutir ensuite. Etrange sensation que de se voir déambuler ainsi dans cette forêt dense. Les images des vieux tarzans reviennent à nos mémoires. Il ne nous manque plus que le casque colonial et la fine moustache. On s'attend à voir surgir un tigre à chaque instant ou un groupe de singe s'amuser dans les hautes branches. Mais il n'en est rien, aucun rugissement ni cris de macaque mais plutôt de jolis chants d'oiseaux et le bruit des ... incroyables flatulences de notre éléphante ! Il fallait que l'on tombe sur un éléphant aérophagique ! Mais nous pouvons maintenant nous targuer de reconnaître le bruit d'un pet d'éléphant et même de pouvoir l'imiter, quand on vous dit que ce voyage est sportif mais également culturel !
Après une pause pique-nique dans le lit d'une rivière dont il ne reste plus que quelques vasques d'eau croupissante pour le plus grand bonheur de nos deux patapoufs qui s'en aspergent pour se rafraîchir, nous repartons. Rapidement nous sommes rattrappés par un grain qui nous rafraîchit également ... mais qui n'arrivera pas à interrompre la sieste de Clément. Les 4 enfants réussiront d'ailleurs à s'endormir tour à tour durant la promenade, bercés par la lente marche des éléphantes.

Nos 2 éléphantes se rafraîchissant dans la rivière.

Clément mettant en oeuvre les rudiments de cornak qu'il lui avaient été enseignés le matin au village, 

tandis que Jeanne et Joseph essaient de soudoyer leur guide pour s'échapper sans les parents.

Et quand ils ne promènent pas de touristes, les éléphants aident les villageois à transporter le bois dont ils fabriquent leurs maisons:

La ballade est finie, Totor est raccompagné par Jacques et les enfants jusqu'à la lizière de la forêt où il peut divaguer librement :
  

 

Après cette interlude éléphantesque, nous reprenons notre route vers le sud, en direction de la frontière cambodgienne avant laquelle nous avons décidé de faire un break sur l'une des 4000 îles parsemant cette partie du Mékong. Après plus de 4 mois de vie commune quasi-continue, nous allons nous séparer durant 3 jours et demi pour nous retrouver en famille.
Mais cette pause se mérite ! Les 2 jours de route pour rejoindre le point d'embarquement pour ces îles sont en effet très durs à cause de la chaleur. Groggy par ces températures, j'ai l'impression que la route n'est qu'une immense enclume sur laquelle nous sommes martelés par les bourrasques d'air brûlant. Mais Vulcain n'aura pas raison de nous et n'arrivera pas à nous applatir, nous restons debouts, ou plutôt assis, certes la selle toujours plus incrustée dans les fesses ...
Nous sommes par contre rassurés de voir à quel point les enfants sont bien protégés de cette chaleur dans leur carriole. Ils sont à l'ombre du tau que nous leur avons bricolé et surtout la carriole étant ouverte sur le devant et fermée par un simple filet à l'arrière, elle est parfaitement aérée. Du coup, lorsque l'on roule ils sont ventilés comme s'ils étaient face à un ventilateur, la vitesse de ce dernier dépendant directement de nos coups de pédales. C'est alors le paradoxe du papa-tracteur: plus il fait chaud et plus il doit pédaler vite pour rafraichir ses petites patates. La recette fonctionne bien car, contrairement à nous, les enfants ne se pleignent quasiment jamais de la chaleur. 
Cette portion de route, aussi dure soit-elle, nous offre malgrè tout des spectacles singuliers comme ce bain de buffles ou ce superbe coucher de soleil sur une étendue d'eau dans laquelle nous avons fait notre toilette du soir:
         
Ou encore la rencontre de ces jumeaux hollandais, cyclistes et retraités, prénommés Jean et ...
Guillaume, ça ne s'invente pas:
         

 

Mais avant de vous parler de notre séjour îlien, je tiens à faire un aparté sur ..

Le bricolage des patates:
Et oui même pendant les vacances les patates p..., oups pardon, BRicolent ! Voici donc un petit tour d'horizon des bricolages dont nous sommes les plus fiers (c'est à dire ceux qui tiennent plus de 15 jours).

1- Voici pour commencer un système pour maintenir l'eau de nos gourdes à une température acceptable (sans avoir l'impression de boire un thé tiède qui aurait mal infusé) : le tissus éponge, régulièrement humidifié. Très efficace !
  

2- Pour continuer, la bâche publicitaire servant à abriter les enfants de la pluie (tant qu'elle reste fine, ensuite on passe à la double épaisseur en baissant la capote d'origine) et du soleil. Remarquez sur la deuxième photo le système de tension du fil sur lequel repose la bâche, réalisé à l'aide d'un morceau de chambre à air. Notez également la poignée de la carriole transformée en étendoir à linge.
                 

3- Toujours dans un souci de conserver nos petites patates au sec, la bavette anti-projections réalisée dans un lino de toute beauté, ramassé sur un tas d'ordures devant un salon de manucure. Je ne vous raconte pas la honte quand je suis allé le récupérer alors que le salon, dont les clientes se faisaient bichonner sur le trottoire, affichait complet. Gêné, j'ai tenté d'expliquer la future utilisation à ces dames ... en vain, je me suis enfui sous leurs quolibets, mon butin sous le bras.
                                                       

4- Encore contre la pluie, pour protéger les sacoches de guidon, soit disant étanches, mais qui ne le sont pas du tout. Une charlotte de douche pour chantal et une fabrication à partir d'un drapeau thaïlandais en matière plastifiée pour Jacques (drapeau récupéré dans un fossé cette fois-ci):
           
Et le must, la protection des sacoches arrières de Chantal:
                                              

5- Pour une sécurité sans failles, nos vélos sont équipés d'avertisseurs sonores. Le klaxon "éléphant" de Caro ayant perdu sa tête lors des batailles d'eau thaïlandaises, celle-ci a été remplacée par une vulgaire bouteille en plastique. Beaucoup moins esthétique mais tout aussi efficace, l'idée nous vient d'un vendeur de glace ambulant.

6- "Le vélo d'un Clabaut dort toujours sur sa béquille" ... en bambou (vous connaissez le truc: voyage équitable, tourisme durable, produits locaux, recyclage, bla bla bla).
Ok, la chambre à air (celle qui pousse sur les vilains arbres qu'on plante à la place des jolis) est toujours là et se transforme en frein à main pour maintenir le vélo sur cette béquille de fortune, indispensable lorsque l'on a une remorque.
                   

7- Et l'un des derniers bricolages en date, le sac à patates étanche:
                                                          
Non, non, il ne s'agit pas d'y stocker nos petites patates, mais nos affaires pour qu'elles restent bien au sec.
La grande classe de ce sac est qu'il est fabriqué dans le même matériau que celui qui est utilisé pour faire les selles de touk-touk. C'est d'ailleurs un fabricant de selles qui nous l'a vendu.

 

Cette parenthèse bricolage étant fermée, revenons sur la route, ou plutôt sur l'eau, pour découvrir les îles Don Det et Don Khon.
Comme déjà dit précédemment, nous avons choisi de nous séparer durant les trois jours à passer sur ces îles, afin que parents et enfants se retrouvent, les yeux dans les yeux. Pour nous, parents, cela veut dire aussi moins de conflits à gérer quand on arrive dans un restaurant qui n'a pas quatre hamacs ou quatre petits vélos ! La famille Steiner a choisi pour ce séjour l'île de Don Khon alors que les Clabaut vont sur celle de Don Det.

Les Steiner en route pour Don Khon,                                       et les Clabaut pour Don Det.
                 

Cet archipel, appelé "les 4000 îles", est un véritable petit paradis. Des terres fertiles entourées d'eau douce, poissonneuse de surcroît. Et en plus l'endroit est magnifique.
          
                                                       

Nos deux familles ont sur ces îles à peu près le même programme: baignade, promenades à vélo (on n'a pas pu s'en empêcher ...), repos et jeux avec les autres enfants du coin.

Jeanne et Joseph ont dégoté une vieille pirogue en bois,

               pendant que Cylia et Clément sont confortablement installés dans une chambre à air dont le fond a été
               bricolé avec leur tau de carriole, maintenu par des sangles.
                 

Activité favorite de Cylia : le hamac.         Et pour Jeanne et Joseph, les legos avec "Feuye", le petit voisin.
                

La particularité de ces deux îles est qu'elles donnèrent du fil à retordre à nos compatriotes qui voulaient faire du Mékong une grande voie commerciale entre Saïgon et la Chine. Cependant, si ce fleuve a bien souvent des allures tranquilles, il sait être tumultueux en certains endroits, ce qui est le cas ici. Des rapides infranchissables ont en effet contraint les français à construire une voie ferrée allant d'une île à l'autre, reliées par un pont. Les marchandises étaient déchargées des bateaux sur une des deux îles, rejoignaient la seconde en train, puis y étaient chargées à nouveau sur un autre bateau.

Les rapides infranchissables:

           Jacques empruntant l'ancien pont de chemin de fer         et l'ancienne locomotive fièrement exposée.
                  

Ces îles offrent également l'avantage d'être un endroit d'observation privilégié des dauphins irrawady, espèce endémique du Mékong ayant la particularité de ne pas avoir de nez. Nous avons eu la chance d'approcher et d'observer ces mammifères d'eau douce, dont la population a malheureusement été décimée. Cependant les effectifs dans cette zone ont légèrement augmenté ces dernières années, peut-être pourront-ils être épargnés grâce au tourisme?

Nous aurions volontiers prolongé notre séjour dans ce cadre idyllique mais notre visa laotien expirant, nous devons quitter le pays dont la frontière n'est qu'à quelques kilomètres. C'est presque avec une pointe d'émotion que nos deux familles se rejoignent pour la traversée, les enfants étant enchantés de retrouver leurs potes de bourlingue.

              Jeanne raconte ses aventures à Cylia tandis que Joseph se demande
              s'il n'aurait pas mieux fait de rester sur Don Khon.
             


La troupe des Patates Douces reformée, elle se remet en marche pour sa dernière étape au Laos qu'elle ne retrouvera qu'au mois de septembre.
Mais juste avant de franchir la frontière une dernière visite s'impose, celle des chutes Khon Phapheng, les plus importantes d'Asie du sud-est affirme-t-on dans les guides.
                                                               

Les derniers kilomètres avant la frontière sont difficiles à avaler tant il fait chaud. Les zones frontalières étant en général assez désertes, deux occupations s'offrent alors à moi: me morfondre sur la chaleur ou me mettre à l'abri dans mes pensées. J'avais choisi la première. Ma langue raclant le goudron brûlant c'est alors qu'une vision me sort de ma torpeur. Dans un élan de lucidité, j'essaie de me ressaisir et de vaincre ce qui, à coup sûr, doit être le début d'un délire. Mais non, arrivé à son niveau j'ai beau me pincer, écarquiller les yeux et secouer la tête c'est bien lui que j'avais repéré au loin : un emballage de glace Magnum ! Ahhhhh, l'affreux supplice !!! Oui j'ai compris le signe que tu m'envois, toi là-haut, et c'est promis je ne commettrai plus aucun péché, mais je t'en supplie, remplis cet emballage vide !! Ah oui, là ça ressemble à un délire et il faut que je me ressaisisse. Mais quand même, plusieurs kilomètres après avoir dépassé cet icône de la gourmandise je ne peux m'empêcher d'y penser encore. Et c'est là que le coup de grâce s'abat sur moi. Cette fois-ci plus aucun doute le message est clair, comment ai-je pu un seul instant penser pouvoir échapper à la confession de tous mes péchés (et il y a du boulot !) ? Un nouveau signe divin gît sur l'asphalte devant moi. Un second emballage de Magnum ... toujours aussi désespérément vide. Le Classique, au chocolat. Simplissime mais redoutablement efficace, un nappage épais qui craque sous la dent. Le supplice de Tantale m'est infligé ! Je passe alors en revue tous les scénarii possibles et j'imagine le camion réfrigéré attendant au passage frontière. J'échafaude alors les plans d'attaque et passe en revue les armes dont nous disposons : trois pistolets à eau datant du Pi Maï, une fronde trouvée derrière une maison et une poignée de cailloux que Clément a toujours dans la poche ... Cette attaque n'aura jamais lieu et jusque tard dans la nuit je n'aurai qu'une image en tête, celle d'un Magnum géant me tendant les bras ...

Ah oui, ce cauchemard allait presque me faire oublier de vous tenir à jour du feuilleton de la carte bleue de Jacques que nous devions récupérer à la poste de Pakse. Vous ne vous en souvenez peut-être pas mais le postier devait nous appeler s'il recevait le colis ... aucun appel. Jacques lui téléphone donc lors du séjour sur les îles et finit par apprendre que le courrier n'est pas entre les mains de la poste mais de TNT. Nous accrochant à un pauvre numéro de téléphone, nous tentons un dernier appel juste avant le passage de la frontière. Après une série de personnes qui nous renvoient à chaque fois vers un autre numéro à appeler, désespérés, nous finissons par tomber sur quelqu'un parlant très bien anglais et qui nous dit "ah you are mister Steiner ?", et là: bip, bip, bip ... plus de crédit téléphonique, la communication vient d'être coupée ! Argggh, pas possible, si près du but !!! Un autre signe div... non, non, on arrête avec les signes, ça suffit !!! Encore abasourdis, le téléphone sonne, c'est la personne qui rappelle, ouf.
Le colis est enfin localisé, dans les bureaux TNT de Vientiane. Reste plus qu'à trouver une solution pour le récupérer, la suite au prochain numéro ...

La frontière arrive enfin. Nous nous excusons auprès des douaniers d'interrompre leur sieste dans les hamacs (nous respectons profondément le sacré de la chose) et obtenons nos visas après avoir payé un petit supplément, car nous sommes arrivés après la fermeture des bureaux qui est à 16h00. A nos montres il est 15h50, mais celle du douanier, trop content d'empocher ces quelques dollards, affiche déjà 16h05 ... nous capitulons.
Au poste frontière cambodgien, un chauffeur de minibus nous alpague et nous propose ses services pour rallier Stung Treng, la première ville qui est à 60km. Nous le remercions et lui disons que nous allons essayer de trouver de quoi dormir au premier village que nous croiserons. Réponse implacable : "Mais vous êtes fous, il n'y a aucun village avant Stung Treng,  que de la forêt, et vu l'heure qu'il est, vous ne pouvez pas vous y engager à vélo !!!". Nous le remercions et partons, comptant sur la providence ...

Jean-Guillaume