Neuvième partie : Vietnam, de Dien Bien Phu à la frontière chinoise, du 10 octobre au 06 novembre 2010

De Dien Bien Phu à Hoa Binh, fin de la boucle à vélo, du 10 au 25 octobre 2010  :

En temps normal, tenir à jour le carnet de voyage n'est pas toujours chose facile mais en ce moment cela devient presque une mission impossible, et pour cause : les patates ne sont plus à 8 mais à 11 ! Alors, entre les retrouvailles avec Tébatin, et celles avec Danièle et Yvon, les apéros de bienvenue, les p'tits coups de lao-lao "arrangé" pour célébrer ces moments tous ensemble, plus quelques coups de pédales tout de même, il ne reste plus beaucoup de temps pour l'écriture du carnet de bord ! Et pourtant, il y en a des choses à raconter ...

Pour commencer, un roman-photo de l'un des passages marquants de notre trajet en bus entre Dien Bien Phu et Lai Chau :

        Photo 1                                                                  Photo 2

 

Photo 3

Photo 1 : Et oui, si notre chauffeur hors-pair pour rallier le Vietnam avait réussi à éviter le bourbier de la piste laotienne, son confrère vietnamien lui, n'a rien pu faire contre le camion qui s'était déjà embourbé et qui condamnait la partie la plus praticable de la piste.
Photo 2 : Notre chauffeur s'est alors vu contraint de passer par une partie encore plus boueuse pour contourner le poids-lourd, et s'est enlisé à son tour.

En bataillant pour sortir de son bourbier, le camion a fini par trop forcer sur la machine, ce qui a entraîné de la casse ! La pièce de rechange, acheminée en urgence depuis Son La devait arriver 3 heures plus tard ...

Assez peu préoccupés par l'agitation autour d'eux, les chauffeurs du camion bricolent tout en fumant leur pipe à eau toute étincelante (en premier plan sur la photo de droite).

 


Le temps ensuite de changer la pièce défectueuse et d'extraire le camion de son piège boueux et nous sentons bien que nous allons rester coincés là un bout de temps. Alors, quand un deuxième bus venant en sens inverse se propose de nous venir en aide en nous tractant, nous avons bon espoir. Mais voulant trop bien faire il s'est enlisé à son tour (photo 3) : nous avons cru à un moment passer la nuit dans le bus, mais il ne faut jamais sous-estimer la force du groupe !

C'est à la force des bras que notre bus sera libéré de ses ornières boueuses.

Nous redémarrons le lendemain et savourons enfin sur nos vélos ces paysages de montagne observés depuis le bus.


Le soir, c'est une première : nous sommes hébergés dans la chapelle du village de Chua Va où il existe une petite communauté chrétienne.

Le 13 au matin, après une courte prière en petit comité avec le diacre et sa famille, nous entreprenons une belle ascension, de ... et bien en fait, nous ne savons pas de combien de mètres. Une bonne photo valant mieux qu'un long discours, voici une partie de la route que nous empruntons sur près de 20 km pour rejoindre Tébatin avec qui nous avons rendez-vous au plus haut col routier vietnamien (à 1900 m d'altitude).

Juste un petit mot sur Tébatin .... il a été le premier informé de notre projet d'année à vélo, et le premier à nous dire avec son bon accent franc-comtois : "Ah ben, je crois bien que je vais vous rejoindre alors !". Et il l'a fait le bougre et pas n'importe comment : à vélo ... depuis la France ! Il a fallu pour cela qu'il prenne également une année sabbatique, mais ça n'est pas cela qui l'a arrêté : ni la traversée de la Russie, ou celle de la Mongolie, il a même vaincu le désert de Gobi pour nous rejoindre, si ça n'est pas une magnifique preuve d'amitié ça, je ne sais pas ce que c'est ! 

Le rendez-vous improbable avec Tébatin a été fixé via Internet : à midi, en haut du col ! Nous nous étions surestimés ou plutôt avions sous-estimé les aléas de la route. Un nouveau camion embourbé et nous voici à nouveau coincés car même à vélo, ça ne passe pas, le temps que le bulldozer refasse le passage.


Les Patates atteignent le col avec une bonne heure de retard, même chose pour Tébatin qui avait quant à lui 1700 mètres de dénivelé à gravir.
Juste le temps de se mettre en tenue, et de se préparer psychologiquement :

 

Monsieur Patate et Monsieur Douce se hissent au sommet.


Et arrivées au col ...

les Patates sont désormais à 9.

Après l'effort fourni, la descente est une superbe récompense et nous atteignons la jolie petite ville de Sapa, nichée au coeur de son écrin montagneux.

 

Pendant le repas du midi, Danièle et Yvon nous appellent et nous font la surprise de nous rejoindre le soir même alors que nous ne les attendions que le lendemain ! Nous mettons les bouchées doubles ... bon, 35 km de descente, c'est tout à fait dans nos cordes, et les paysages sont grandioses.

A Lao Cai, la troupe des Patates est désormais au grand complet pour terminer sa boucle à vélo,    

Alors, serait-ce l'effet "chat noir" de Tébatin qui se promène avec son petit nuage au-dessus de la tête, ou bien Danièle et Yvon nostalgiques de leur crachin breton, mais nous avons eu ensemble le temps le plus pourri de notre périple à vélo ! Journées grises avec petite pluie fine et brouillard toute la journée : partir sous la pluie le matin, de même pour la pause de midi, après avoir ré-enfilé les affaires trempées ... un grand moment !



Passages délicats où nous devons pousser nos vélos, puis nettoyage des pieds dans une flaque moins boueuse, enfin un peu quoi ! 

 

Mais heureusement l'effet de groupe, la dynamique des nouveaux venus, leurs yeux neufs, et la joie d'être là tous ensemble, nous font vite oublier ces désagréments climatiques (finalement de courte durée !). D'autant plus que nous découvrons un Vietnam rural, non-touristique, où les habitants sont extrêmement accueillants, un peu trop peut-être car les pauses-repas se transforment souvent en traquenard !

 

Caroline

 

Eh oui, les retrouvailles ça se fête ! Et on les fête dignement, comme de vrais sportifs :

Certains goûtant également aux spécificités locales comme la pipe à eau, présente partout au Vietnam.
                 

  Et le matin, toujours frais et dispos pour reprendre la route.

Et pourtant, les routes du nord du Vietnam ne sont pas de tout repos. Nous retrouvons les joies des cols, dont les pentes à gravir ne descendent pas en dessous des 10%. Certains jours ce sont deux voire trois cols que nous avalons, mais nos compagnons de route nous boostent et les paysages nous ravissent.


L'équipe au grand complet, accompagnée de Spencer, un cyclotouriste canadien qui a pédalé avec nous pendant une journée (et trinqué pendant deux soirées !!!).

 

Quand à 14h le col n'est toujours pas atteint et qu'aucun restaurant n'est en vue, il faut improviser une pause déjeuner avec les restes du petit-déjeuner :

Comme lors de notre premier passage au Vietnam, nous retrouvons une population riche en couleurs, vêtue de magnifiques coiffes et costumes.

  
          
                                                  

Et des chargements toujours aussi impressionants !
                                    
                                                       

Ces hommes et ces femmes vivant de la terre nous fascinent. Il font partie de ces générations d'architectes ayant façonné ce relief ingrat afin de le rendre propre à la culture. Nous admirons cette faculté qu'a l'homme pour maîtriser la nature, quel dommage qu'il finisse ensuite par la mépriser ...

             

Et nous avons la chance de traverser ces paysages durant la récolte du riz, ce précieux aliment dont nous aurons vu toutes les phases de sa culture.
Ici, on le fauche et rassemble les épis en fagots:


Les fagots sont ensuite regroupés sur la zone où on l'égraine. 
   

Là, plusieurs techniques d'égrainage sont employées :
                                       mécanique                                                                               ou manuelle
                                            
Puis vient la séparation du grain des impuretés, toujours selon diverses techniques :
     

Et enfin vient la phase de séchage du riz, avant de pouvoir le mettre en sac :               
                                                                                             

Les rizières sont alors nettoyées par brulis et attendent la prochaine saison :

 

Encore quelques kilomètres à parcourir :    

   Faut-il toutefois trouver notre chemin ...

Et l'on trinque pour fêter ces derniers kilomètres, ensemble, entre copains d'avant et avec de nouveaux copains rencontrés sur la route.  
  
                                                         

On célèbre aussi plusieurs milliers de kilomètres symboliques :
   - 6000 km à mon compteur, ce qui correspond à notre trajet sans les déplacements aux étapes,
   - 7000 km au compteur de Jacques, qui inclut tous nos déplacements y compris ceux aux étapes,
   - 9000 km au compteur de Tébatin, ce doux dingue parti de Vesoul pour nous rejoindre jusqu'au 
     Vietnam, à vélo et en train.

Bravo Mesdames, vous pouvez être fières de vous !
                       
                                                                               Tébatin à l'ombre de son vélo dans le désert de Gobi :
                                                                               voila une bien belle notion de camaraderie !!!!

Les 6000 km entre copains : alcool de riz et maïs séché pour fêter ça

Pour l'un de nos derniers soirs sur la route, après avoir gravi le troisième col de la journée alors que la nuit tombe nous demandons l'hospitalité chez l'habitant. Une famille nous ouvre généreusement les portes de sa maison qui se transforme alors en salle de spectale investie par Monsieur Patate et Monsieur Douce, sous le regard interloqué des voisins.


Alors que la soirée est aussi bien entâmée que nous ne le sommes, des policiers en civil débarquent pour un contrôle en règle de nos passeports. Leur verdict implacable nous tombe alors dessus en nous faisant l'effet d'une douche froide : "vous ne pouvez pas rester ici et devez aller dormir dans un hôtel situé à 10 km d'ici".
Notre hôte nous confirme que cela est indiscutable et nous devons donc réenfourcher nos montures pour une promenade digestive au clair de lune. Les enfants en profitent pour commencer leur nuit dans les carrioles, "Martin 7" l'un des trois policiers nous escortant à moto saute de celle-ci à chaque montée pour me pousser, et nous finissons par atterrir dans une splendide ferme au milieu de rizières. Les plans B peuvent parfois être encore mieux que les plans A ...   

  
   Promenade digestive au clair de lune.


D'autres cultures jalonnent également notre route.
Celle de la canelle :

  

Ou celle du thé :                                                                                                                              

Et nous nous rapprochons inexorablement de l'arrivée ...   

   Alors que les paysages sont toujours aussi beaux,

Et les personnes rencontrées toujours aussi authentiques.

 

Ca y est nous sommes le jour J, 25 octobre : fin des tribulations cyclopédiques des Patates.
Patates qui roulent ont amassé une foison de souvenirs !

Bouclage de la boucle à La Ferme du Colvert, dont nous étions partis presque 9 mois plus tôt.
Mais avant notre arrivée, il faut se faire beau et les hommes du groupe vont se faire couper les tifs et la barbe chez le barbier du coin de la rue.
 



               

Et voilà le résultat :

 

Les Patates à quelques mètres de l'arrivée : 


                                                    

                                        
Ferme du Colvert, notre voyage à vélo est fini.
Voilà une bien belle aventure humaine que nous venons de vivre !

Reste plus qu'à rentrer tranquillement à la maison, en train via la Chine, le Kazakhstan et la Russie.

Jean-Guillaume

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De Hoa Binh à la frontière chinoise, du 25 octobre au 10 novembre 2010 :

A tous ceux qui nous ont écrit récemment dans le livre d'or, nous tenons à vous rassurer : les aventures patatesques ne sont pas finies, il nous reste quand même deux continents à traverser en train avant de rentrer au bercail.

Comme un retour à la maison, nous savourons cette "fin" à la Ferme du Colvert que nous sommes heureux de présenter à nos Patates Nouvelles. La maison Arequier nous ouvre à nouveau ses portes. Les journées se passent à ne rien faire si ce n'est flâner. Alors, c'est ce qu'on fera pendant une bonne dizaine de jours..
Quelques activités tout de même au programme : piscine ou tobboggan pour la marmaille le matin, VTT pendant la sieste dans la baie d'Ha-long terrestre aux environs de la ferme, marché à Luang-son pour les matinaux et bonnes ripailles tous ensemble. 


 
La superbe piscine et le coin pour le "fish-massage".

 Petit café vietnamien partagé.


Ballade à VTT aux alentours de la baie d'Ha-long terrestre.

 


Grand marché de Luong Son à 4 km de la ferme.

Notre second partenaire vietnamien, Vietnam Aventure, nous propose de se joindre au groupe des 30 cyclistes de la fédération française de cyclotourisme, fraîchement arrivés à Hanoi le matin même. Nous les acompagnons pour visiter l'une des plus belles merveilles du monde : la baie d'Ha-long (la vraie, cette fois-ci ! ). Nous passons deux jours sur une jonque traditionnelle avec une cabine par famille, ce qui est du grand luxe pour nous. Cette sortie est l'occasion de côtoyer d'autres voyageurs à vélo. Encore merci à Vietnam Aventure de nous avoir permis de naviguer aussi simplement sur la mer de Chine. Je pense sincèrement que nous n'aurions pas pris la peine de d'organiser ce séjour nous-mêmes.

 
 
Visite de l'école d'un village flottant.


Village de pêcheurs.

La maison Arequier de la ferme du colvert est le lieux idéal pour nous : il nous a servi de camp de base pour préparer notre départ en équipant les vélos...et nous y voici de retour pour le déshabillage de ces derniers.... L'endroit est vaste et la végétation luxuriante, la maison spacieuse, fonctionnelle pour bricoler, et en bois pour notre plus grand plaisir... Nous n'avions pas choisi toutes ces options lorsque Jean Guillaume leur avait écrit pour savoir s'ils étaient intéressés par un partenariat avec les Patates Douces. Nous savions seulement qu'ils prônaient l'écotourisme et qu'ils organisaient des circuits à vélo, ce qui correspondait bien à l'état d'esprit de notre projet de voyage. Aujourd'hui, nous ne voyons pas comment nous aurions fait sans eux. On ne pouvait pas trouver mieux comme camp de base !


"Home-sweet-home".

   
Notre camp de base : spacieux et fonctionnel.


Le grand nettoyage des vélos : ceux qui restent à La Ferme, ceux qui rentrent en métropole et celui qui continue la route en Asie du sud-est.

Nous rencontrons aussi An et Jean-Michel, les créateurs de ce petit paradis. Une belle émotion de pouvoir remercier de vive voix ce couple, qui a cru en nous dès le début en soutenant notre projet. Nous étions fiers de leur présenter un petit diaporama de notre voyage. La carte grande ouverte sur la table, nous passons également plusieurs heures avec Jean-Michel pour mutualiser nos connaissances sur les quatre pays traversés à vélo (état des routes, hôtels et guest-house existantes, nature et authenticité des paysages et de la population...bref, tous les bons plans patatounesques).

La Ferme organise aussi la fête du vélo le 3 novembre. Celà commence d'abord le midi avec un marché Muong et un concours culinaire des ethnies environnantes. Débute alors un défilé de couleurs et de saveurs dans les jardins de la ferme. C'est encore l'occasion de rencontrer des personnes d'horizons différents car il y a beaucoup de monde.

  

 
Cuisine locale.


Le marché Muong.


En soirée, la fête du vélo et les spectacles prennent le relais : le groupe de cyclistes se présente, leur itinéraire est détaillé étape par étape. Le parcours des Patates Douces est aussi commenté par Jean-Michel aux convives, et nos vélos et carrioles sont exposés durant cette journée. Nous sommes également disponibles pour répondre aux questions des participants, y compris celles des journalistes de la télévision vietnamienne.

 
Les panneaux encadrant nos vélos.



La nuit tombe et An me dit qu'elle a prévu des costumes de fête pour Caro, moi et les enfants. Pourquoi pas. Je me mets sous une tonelle éclairée car tout s'assombrit sérieusement...Joseph s'échappe alors que j'aide Jeanne à fermer sa tunique bleue. Je laisse Jeanne en plan pour tenter de retrouver le lutin. Il y a encore du monde, Jacques et les copains sont à la maison Arequier. Je croise Tang, le Directeur de Vietnam Aventure, qui me dit : " Je cherche madame Chantal, j'ai une surprise pour elle". Une surprise ? Je me dis que c'est peut-être au sujet des coustumes ou encore d'un journaliste. Comment dire...ce n'est pas vraiment le moment : il y a Jeanne ... et Joseph ... "Heu, une surprise, où ça ?". "Ici !". J'aperçois d'abord trois jolies vietnamiennes qui répondent à mon regard interrogateur par un large sourire. Le quatrième personnage, que je distingue dans la pénombre, se cache le visage et le buste sous une veste. Sa silhouette menue ne laisse aucun doute : "CLAIRE ! Et bien ça pour une surprise, c'est une belle surprise !!". Et on s'embrasse tremblant encore sous le coup de l'émotion. 
Claire est une très bonne amie corse. Nous la savions dans le pays puisque nous devions la retrouver deux jours plus tard à Hanoï. Elle est venue au Vietnam en mission pour Zebunet, une association attribuant des micro-crédits aux paysans pour acheter zébus et cochons.
Elle rentrait justement d'une visite de terrain dans la province de Hoa-Binh lorsqu'elle a vu les grands canards indiquant la Ferme de Colvert. Elle a tenté sa chance et nous voici maintenant tous réunis autour d'une grande jarre à siroter de l'alcool de riz. Claire est accompagnée de trois collègues vietnamiennes. Vers 22h30 la fête est terminée, nous les invitons à boire un thé à la maison.


Le lendemain matin, les 30 cyclistes s'élancent sur nos traces en démarrant le parcours de la Ferme jusque Vientiane, au Laos. C'est avec les cyclo-pousses de la Ferme que nous les accompagnons sur leurs premiers kilomètres...  

Là, les "vrais" cyclistes sont encore visibles devant nous.
 

Les papas font tout ce qu'ils peuvent, mais rien à faire, on ne dépassera pas les 4 km. Ces 4 km nous permettent quand même de rejoindre la route principale. Nous faisons un petit tour de marché en costume traditionnel et rentrons tranquillement à la Ferme pour partager le dernier repas avec Tébatin. 


Retour tranquille.


Danièle et Yvon avaient lancé les hostilités en nous quittant 3 jours après notre arrivée à la Ferme. C'est maintenant au tour de Tébatin, notre ami cycliste, qui continue sa route vers le sud du Vietnam, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour pour ensuite rentrer en cargo en France. Les petites Patates s'attachent à tous nos compagnons de route. Tébatin n'a pas vraiment d'horaires à respecter car il voyage seul... alors les au revoir traînent  jusqu'au moment où il enfourche son vieux vélo rouge et ne se retourne plus.


C'est l'occasion d'une photo de famille.

Le départ de Tébatin vers le sud correspond, à quelques jours près, à notre retour vers le nord et la montagne. Il va donc vers le chaud et nous vers le froid. Nous nous en rendons compte au moment de refaire nos pactages. A la veille de passer à la poste y déposer un carton d'affaires hivernales pour Vesoul et d'affaires tropicales pour le sud de la France, nous réalisons qu'il y a sûrement d'autres combinaisons possibles.
Jean-Guillaume chausse du 42, il jouera donc le rôle de Cendrillon en chaussant les baskets de Seb jusqu'en France. Tébatin continuera lui avec les sandales de Jean-Gui, ce qui lui évite d'en acheter une nouvelle paire.
Notre ours se promène avec un pot de crème Nivea familial alors que nous n'en avons qu'un petit. Le temps des gerçures n'étant plus d'actualité pour lui, nous échangeons les deux formats.
Il repart également avec une de nos moustiquaires et nous confie sa doudoune et son pantalon étanche.
Ces trocs évitent de nouveaux achats à tout le monde et des colis envoyés inutilement. Nous nous réjouissons de cette complémentarité dans notre Amitié.

 
Le coin des bonnes affaires.

Le reste de notre bazar inutile, mais que l'on voulait rapatrier en France, était quant à lui déjà reparti avec Danièle et Yvon. Ces derniers ayant laissé un vélo et une carriole sur place, pensaient repartir bien allégés. En regardant de plus prêt leur billet, ils s'étaient alors rendu compte qu'ils avaient droit à quatre bagages de 32 kg chacun. On les a donc aidé à atteindre les niveaux supérieurs autorisés. Mais il s'est avéré qu'à l'embarquement, le contrôleur leur a signalé quelques astérisques oubliés à l'édition des billets... je vous laisse découvrir le récit que Danièle nous a envoyé.

                                                                    +++++++++++++++++

Nous arrivons à l'aéroport très zen à 17 : 00...pour un départ à 19h00... Much much time ...nous nous avançons vers l'enregistrement...
Le vélo passe comme une lettre à la poste ! nous soufflons... Viens le paquet de .... 32,2 kg!!!!! Bien vu les patates steiner et clabaut !... Sauf que le max pour une pièce sans supp est de 23 kg. Comme c'était écrit avec une grande clarté sur le billet bien sûr ( ils n'ont pas de place sur les billets pour tout mettre nous ont ils dit!!! On peut monter jusqu'à 32 kg ( c'est l'archi max ) mais pour juste 100 dollars de plus ! En plus carton trop grd normalement 158 cm avec l+L+h t.
(on est au point maintenant.. Et si ça dépasse c'est encore 100 dollars).... Désespoir....

Jocker!? j'ai une carte air france ... Peut être puis-je avoir les 32 kg ...NON catégorique... Mais la chef passe sur la dimension et m'annonce qu'avec la carte gold j'ai le droit à une pièce supplémentaire....il n'y a donc plus qu'une solution ... Couper le colis en deux !!!!!!!!!
Qu'à cela ne tienne nous avons ouvert l'air bag !... Acheté un carton au gars qui enroule les bagages avec du film (il en avait 2 par miracle) et fait un carton de 11 kg et un de 21 kg que nous faisons filmer car nous n'avons plus de scotch !
Yesssss
Donc retour au comptoir.. Tout passe ! Incroyable on s'en sort avec une bonne grosse suée !

Puis elle regarde les bagages cabine et là, le drame, elle nous dit que l'instrument de musique en bois dur peut être dangereux et qu'il ne passera pas au contrôle sécu... Si elle l'avait dit avant, on l'aurait mis dans le carton de l'i-bex... Il y avait large la place...
On bataille et elle finit par mettre une étiquette cabine dessus mais en disant que ça risque de bloquer....

Départ pour le contrôle avec passage par la banque pour échanger les 2 millions restants...
Et là (ils sont forts les viets...) Elle nous demande le reçu du retrait des dongs... ??? Car la police veut savoir d'où vient la monnaie ???? Délire... Car bien sûr c'est le genre de truc qu'on ne garde pas... Bref... Tt ce cinoche (10 mn au moins) pour finalement nous demander passeport et billets d'avion et nous échanger l'argent !
Encore une suée !

Au final on mega serre les fesses au contrôle de sécu...
Et le gars regarde et nous laisse passer en mimant la manip. de l'instrument !

OUFFFFFFF !

Et là .... Si si encore qqch à raconter....
On arrive juste qd ils commencent a embarquer, on a vraiment pas eu le temps de souffler...
Et la donc ... L'hôtesse nous indique notre place... On est en classe PREMIUM !!!!! Dingue ! Méga place, grands sièges qui s'allongent, petite trousse de toilette,....(Pas de champ...on est déçus)
On l'avait bien mérite non !!!?? "
                                                                          +++++++++++++++++

 L'air-bag et ses coursiers :
Encore merci à nos deux ex-Patates Nouvelles pour ce sacré coup de pouce ! C'est une suée en moins pour nous !

Le temps des séparations se poursuit, mais toujours pour de nouvelles tranches de vie. Ce sont maintenant les vélos que nous laissons à Vietnam Aventure et à la Ferme du Colvert, puisque ces derniers nous les rachètent. Ils repartiront donc pour d'autres voyages itinérants. Celui de Caroline est d'ailleurs déjà reparti dans un camion pour accompagner le groupe de cyclotouristes au Laos. Une ibex (remorque à bagages) restera également avec eux. Rappelez-vous que ces dernières nous ont été prêtées par notre partenaire Corsica Outdoor. Un arrangement corsico-vietnamien ayant été trouvé, nous reviendrons également allégés de ce poids supplémentaire ! Encore merci à Rémy d'avoir accepté le deal. La Ferme souhaitant élargir ses prestations pour des séjours familiaux, ils garderont aussi une carriole. Les notres n'étant pas disponibles, c'est celle de Danièle et Yvon qui emmènera les enfants des futures familles balladeuses. Sur cette partie du voyage, elle a plutôt servi à transporter les bagages. En France, elle servait à promener Simon, leur fiston. Auparavant, elle balladait Jeanne et Joseph à la journée, comme en petite virée itinérante (comme dans le Verdon, avec les Patates Clabaut).


Passation des 4 vélos et des 2 carrioles à "Vietnam Aventure", représenté par Tang et à la "Ferme du Colvert", représentée par An et Jean-Michel.
Merci encore à eux pour leur formidable soutien.

Après moultes réflexions, nous laissons également notre carriole à Alex et Marion, nos amis de Bangkok, qui projettent un retour en France, en famille et à vélo ! Lorsqu'ils nous en ont parlé, l'idée nous a immédiatement séduit. Imaginer notre carriole repartir en voyage nous satisfait bien plus que de la voir moisir dans le garage pour quelques sorties du dimanche, et encore ... Aujourd'hui, Jeanne ne souhaite faire que du vélo sans roulette et la Corse n'est pas vraiment idéale pour les voyages itinérants en famille. C'est avec un petit pincement au coeur, mais une grande fierté que Jacques l'accompagne jusqu'à Hanoï, chez un ami d'Alex qui se rend à Bangkok trois jours plus tard...Prenez bien soin du carosse les copains !

 
Au départ pour Hanoï.

La dernière chose que nous larguons à la Ferme ce sont nos tongues, au profit des doudounes et des après-skis. En effet, les courbes de températures nous annoncent un -18 °C, en moyenne au mois de décembre à Astana, capitale du Kazakhstan.


Après 7000 km à vélo, il est temps pour les Patates de larguer les tongues et de s'habiller chaudement pour rentrer au bercail en train.

Vient le moment de quitter notre bulle paradisiaque pour retrouver Hanoï. Claire nous y rejoint le soir même. Ce sont les retrouvailles officielles et nous nous couchons après avoir discuté et bu du thé jusqu'à 4 heures du matin. Elle nous donne des nouvelles de tous nos amis corses ou ex-corses.  Elle porte des courriers, des photos de nos proches et même du chocolat Grimaldi dans ses sacs. Cela nous projette aussi vers les joies du retour. 

N'ayant pas réussi à déposer suffisamment tôt nos documents pour obtenir nos visas de transit à l'ambassade de Russie, nous ne sommes plus contraints de rester pour les attendre. En effet, lors de notre passage à la baie d'Halong, Jean-Guillaume avait tenté de les déposer. En vain, il avait attendu plus de deux heures avant que les portes de l'ambassade ne se referment devant lui. Nous décidons donc de quitter le pays avant la date d'expiration de nos visas et conservons ainsi quelques jours supplémentaires au profit du Kazakhstan où nous tenterons d'obtenir ces derniers visas.
Nous passerons donc trois jours à Hanoï. Cette ville que nous connaissions bruyante et compliquée nous semble aujourd'hui bien différente. On a le sentiment de l'avoir "prise à l'envers" lors de notre premier passage. Effectivement, nous avions beaucoup d'objectifs à atteindre en seulement cinq jours, puisque nous devions entièrement nous équiper pour notre voyage à vélo. Sans doutes n'avions-nous pas non plus les mêmes critères de références en arrivant d'Europe qu'aujourd'hui. Nous nous balladons dans la ville avec beaucoup plus de sérénité : les rues sont colorées et animées, les bords des lacs sont calmes, les jeunes mariés y viennent se faire prendre en photos.
Nous profitons de cette escale pour aller au musée d'ethnographie du Vietnam. On y revoit un peu tout ce que l'on a cotoyé cette année avec les outils exposés, des maisons reconstituées, des films sur les us et coutumes, les costumes des ethnies, l'artisanat local...avec des explications en français de surcroît. Les petites Patates se régalent à déambuler dans les grands couloirs de ce musée et s'amusent même à la dinette avec les ustensiles laissés dans les maisons d'exposition. C'est ce que l'on appelle un éco-musée chez nous.

 
Cylia prépare l'eau chaude pour réceptionner le riz que secoue Jeanne dans le grand pannier en bambou tressé. Les garçons dressent la table. Bien sûr, avant de passer à table, on met les claquettes locales !

 
Devant le musée, les lauréates d'un diplôme demandent aux enfants de venir sur la photo avec elles. Les filles sont ravies de se faire photographier avec ces "jolies princesses". On leur explique que ce sont leurs tenues de fête et non pas un déguisement. "Quelle chance !".

Quelques images d'Hanoï :
   
Vendeuses de bassines et de porcelaines à vélo.

 
Les boutiques.

Après le musée, nous avons rendez-vous avec une amie qui nous avait beaucoup aidé à nous dépatouiller à Hanoï en février. Notamment pour nos paquets postés depuis la France et bloqués en douane. Xuan nous rejoint donc pour le thé vers 15 heures. Nous discutons toute l'après midi jusqu'à ce qu'elle nous dise que nous sommes invités à manger des nems chez sa maman. Cela contrarie quelques peu nos plans, mais on ne peut pas refuser une telle invitation. A 17 heures, nous montons tous les dix (Claire aussi) dans un même taxi pour nous rendre chez sa mère. Elle avait déjà préparé des nems, des nouilles, de la viande, des légumes et des fruits. Nous goûtons d'ailleurs un nouveau fruit. Il s'appelle "oeuf " en vietnamien, car il a la forme, la taille, la couleur et la texture du jaune d'oeuf. Xuan nous donne le noyau pour le conserver jusqu'en France et le planter dans notre jardin afin que l'on pense à elle quand il germera. Petit Challenge.

 
Xuan et sa maman...                                                                                     ...et les Patates.


Les enfants font bien rire la maman de Xuan, qui nous fait traduire par sa fille qu'elle est heureuse de recevoir des jeunes enfants, pleins de vie, dans sa maison.

 Le fruit "oeuf".


Durant le repas, Xuan nous raconte beaucoup d'histoires concernant sa famille et nous lui posons un tas de questions sur les traditions et l'histoire du pays. Elle nous montre également de nombreuses photos illustrant ses propos. C'est très intéressant et nous passons un très bon moment tous ensemble. Nous rentrons cependant assez tôt pour nous coucher car demain est un grand jour pour nos petites Patates : nous allons au "pestacle" de marionnettes traditionnelles. Leur particularité est qu'elles se déplacent sur l'eau. Les chants et les voix off qui les accompagnent sont issus d'un orchestre situé sur le côté de la scène.
Xuan est à nouveau des notres pour partager ce moment fabuleux, pour le plaisir de tous. C'est comme un petit résumé de notre voyage puisque les scènes représentent à la fois la vie dans les campagnes (plantation et récolte du riz avec les buffles, danse des canards avec cannetons, différentes pêches aux poissons multicolores...) et la vie dans les villes avec des costumes étincellants et très colorés. Joseph et Clément s'expriment beaucoup en imitant les marionnettes. Jeanne pose une multitude de questions et Cylia écoute attentivement. Les grands sont émerveillés et retombent en enfance.


 
A vous d'imaginer les marionnettes sur le plan d'eau et les musiciens derrière les instruments.

La veille de notre départ, Claire s'interroge sur la suite de son voyage... En effet, vu que nous quittons plus tôt que prévu le pays, elle n'est plus motivée pour rester à Hanoï. La baie d'Halong l'intéresse, mais pas seule et ce sont souvent des séjours pour des groupes qui sont proposés. Elle regrette de ne pas avoir pu nous rejoindre à vélo car elle se serait bien vu découvrir les campagnes les cheveux au vent. Une idée germe : et si elle rejoignait Tébatin pour quelques jours ? Il quitte le pays le 12 et elle reprend l'avion le 15. Un vélo pourrait être dispo pour elle à la ferme. Il y a des bus dans tous les sens au Vietnam. Un petit jeu de SMS et le rendez-vous est pris avec Tébatin pour le surlendemain. Finalement, c'est en train qu'il sera le plus pratique de le rejoindre. Le hic, c'est que le train ne passe pas du tout devant la Ferme. Jean-Guillaume passera la demi journée avec Claire pour essayer de trouver un vélo avec elle, sur Hanoï. Après avoir écumé la rue des loueurs de vélos, elle revient avec un vélo rouge flambant neuf, équipé d'un panier et d'un porte-bagages. Au final moins cher qu'en location et avec un contrat de rachat en option au retour (si retour il y a). Jean-Guillaume a donc revisité tous les magasins qu'il avait fait avec Jacques en février.
Et cerise sur le gâteau, Claire nous accompagne à la gare, son train étant une demi heure après le notre.


Voici ce que donnent huit patates et leur accompagnante, sans vélo, dans un taxi.

Et sur le quai de la gare :


Un air de déjà vu, non?


Une fois installés sur nos couchettes, nous réalisons seulement que nous sommes bel et bien sur le chemin du retour. La Chine nous ouvre ses portes au petit matin. Une autre aventure commence :


La frontière se passe à pieds, sur un pont au-dessus d'un affluent du fleuve rouge.

Chantal

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