Neuvième partie : Vietnam, de Dien Bien Phu à la frontière chinoise, du 10 octobre au 06 novembre 2010
De Dien Bien Phu à Hoa Binh, fin de la boucle à vélo, du 10 au 25 octobre 2010 : En temps normal, tenir à jour le carnet de voyage n'est pas toujours chose facile mais en ce moment cela devient presque une mission impossible, et pour cause : les patates ne sont plus à 8 mais à 11 ! Alors, entre les retrouvailles avec Tébatin, et celles avec Danièle et Yvon, les apéros de bienvenue, les p'tits coups de lao-lao "arrangé" pour célébrer ces moments tous ensemble, plus quelques coups de pédales tout de même, il ne reste plus beaucoup de temps pour l'écriture du carnet de bord ! Et pourtant, il y en a des choses à raconter ... Pour commencer, un roman-photo de l'un des passages marquants de notre trajet en bus entre Dien Bien Phu et Lai Chau :
Photo 3 Photo 1 : Et oui, si notre chauffeur hors-pair pour rallier le Vietnam avait réussi à éviter le bourbier de la piste laotienne, son confrère vietnamien lui, n'a rien pu faire contre le camion qui s'était déjà embourbé et qui condamnait la partie la plus praticable de la piste.
C'est à la force des bras que notre bus sera libéré de ses ornières boueuses.
Le 13 au matin, après une courte prière en petit comité avec le diacre et sa famille, nous entreprenons une belle ascension, de ... et bien en fait, nous ne savons pas de combien de mètres. Une bonne photo valant mieux qu'un long discours, voici une partie de la route que nous empruntons sur près de 20 km pour rejoindre Tébatin avec qui nous avons rendez-vous au plus haut col routier vietnamien (à 1900 m d'altitude). Juste un petit mot sur Tébatin .... il a été le premier informé de notre projet d'année à vélo, et le premier à nous dire avec son bon accent franc-comtois : "Ah ben, je crois bien que je vais vous rejoindre alors !". Et il l'a fait le bougre et pas n'importe comment : à vélo ... depuis la France ! Il a fallu pour cela qu'il prenne également une année sabbatique, mais ça n'est pas cela qui l'a arrêté : ni la traversée de la Russie, ou celle de la Mongolie, il a même vaincu le désert de Gobi pour nous rejoindre, si ça n'est pas une magnifique preuve d'amitié ça, je ne sais pas ce que c'est ! Le rendez-vous improbable avec Tébatin a été fixé via Internet : à midi, en haut du col ! Nous nous étions surestimés ou plutôt avions sous-estimé les aléas de la route. Un nouveau camion embourbé et nous voici à nouveau coincés car même à vélo, ça ne passe pas, le temps que le bulldozer refasse le passage.
les Patates sont désormais à 9. Après l'effort fourni, la descente est une superbe récompense et nous atteignons la jolie petite ville de Sapa, nichée au coeur de son écrin montagneux. Pendant le repas du midi, Danièle et Yvon nous appellent et nous font la surprise de nous rejoindre le soir même alors que nous ne les attendions que le lendemain ! Nous mettons les bouchées doubles ... bon, 35 km de descente, c'est tout à fait dans nos cordes, et les paysages sont grandioses. A Lao Cai, la troupe des Patates est désormais au grand complet pour terminer sa boucle à vélo, Alors, serait-ce l'effet "chat noir" de Tébatin qui se promène avec son petit nuage au-dessus de la tête, ou bien Danièle et Yvon nostalgiques de leur crachin breton, mais nous avons eu ensemble le temps le plus pourri de notre périple à vélo ! Journées grises avec petite pluie fine et brouillard toute la journée : partir sous la pluie le matin, de même pour la pause de midi, après avoir ré-enfilé les affaires trempées ... un grand moment !
Mais heureusement l'effet de groupe, la dynamique des nouveaux venus, leurs yeux neufs, et la joie d'être là tous ensemble, nous font vite oublier ces désagréments climatiques (finalement de courte durée !). D'autant plus que nous découvrons un Vietnam rural, non-touristique, où les habitants sont extrêmement accueillants, un peu trop peut-être car les pauses-repas se transforment souvent en traquenard !
Caroline
Eh oui, les retrouvailles ça se fête ! Et on les fête dignement, comme de vrais sportifs : Certains goûtant également aux spécificités locales comme la pipe à eau, présente partout au Vietnam.
Et pourtant, les routes du nord du Vietnam ne sont pas de tout repos. Nous retrouvons les joies des cols, dont les pentes à gravir ne descendent pas en dessous des 10%. Certains jours ce sont deux voire trois cols que nous avalons, mais nos compagnons de route nous boostent et les paysages nous ravissent.
Quand à 14h le col n'est toujours pas atteint et qu'aucun restaurant n'est en vue, il faut improviser une pause déjeuner avec les restes du petit-déjeuner : Comme lors de notre premier passage au Vietnam, nous retrouvons une population riche en couleurs, vêtue de magnifiques coiffes et costumes.
Et nous avons la chance de traverser ces paysages durant la récolte du riz, ce précieux aliment dont nous aurons vu toutes les phases de sa culture.
Encore quelques kilomètres à parcourir :
Et l'on trinque pour fêter ces derniers kilomètres, ensemble, entre copains d'avant et avec de nouveaux copains rencontrés sur la route. On célèbre aussi plusieurs milliers de kilomètres symboliques : Les 6000 km entre copains : alcool de riz et maïs séché pour fêter ça Pour l'un de nos derniers soirs sur la route, après avoir gravi le troisième col de la journée alors que la nuit tombe nous demandons l'hospitalité chez l'habitant. Une famille nous ouvre généreusement les portes de sa maison qui se transforme alors en salle de spectale investie par Monsieur Patate et Monsieur Douce, sous le regard interloqué des voisins.
Ou celle du thé : Et nous nous rapprochons inexorablement de l'arrivée ...
Et les personnes rencontrées toujours aussi authentiques.
Ca y est nous sommes le jour J, 25 octobre : fin des tribulations cyclopédiques des Patates. Bouclage de la boucle à La Ferme du Colvert, dont nous étions partis presque 9 mois plus tôt.
Et voilà le résultat :
Les Patates à quelques mètres de l'arrivée : Reste plus qu'à rentrer tranquillement à la maison, en train via la Chine, le Kazakhstan et la Russie. Jean-Guillaume ---------------------------
De Hoa Binh à la frontière chinoise, du 25 octobre au 10 novembre 2010 : Comme un retour à la maison, nous savourons cette "fin" à la Ferme du Colvert que nous sommes heureux de présenter à nos Patates Nouvelles. La maison Arequier nous ouvre à nouveau ses portes. Les journées se passent à ne rien faire si ce n'est flâner. Alors, c'est ce qu'on fera pendant une bonne dizaine de jours..
Notre second partenaire vietnamien, Vietnam Aventure, nous propose de se joindre au groupe des 30 cyclistes de la fédération française de cyclotourisme, fraîchement arrivés à Hanoi le matin même. Nous les acompagnons pour visiter l'une des plus belles merveilles du monde : la baie d'Ha-long (la vraie, cette fois-ci ! ). Nous passons deux jours sur une jonque traditionnelle avec une cabine par famille, ce qui est du grand luxe pour nous. Cette sortie est l'occasion de côtoyer d'autres voyageurs à vélo. Encore merci à Vietnam Aventure de nous avoir permis de naviguer aussi simplement sur la mer de Chine. Je pense sincèrement que nous n'aurions pas pris la peine de d'organiser ce séjour nous-mêmes.
La maison Arequier de la ferme du colvert est le lieux idéal pour nous : il nous a servi de camp de base pour préparer notre départ en équipant les vélos...et nous y voici de retour pour le déshabillage de ces derniers.... L'endroit est vaste et la végétation luxuriante, la maison spacieuse, fonctionnelle pour bricoler, et en bois pour notre plus grand plaisir... Nous n'avions pas choisi toutes ces options lorsque Jean Guillaume leur avait écrit pour savoir s'ils étaient intéressés par un partenariat avec les Patates Douces. Nous savions seulement qu'ils prônaient l'écotourisme et qu'ils organisaient des circuits à vélo, ce qui correspondait bien à l'état d'esprit de notre projet de voyage. Aujourd'hui, nous ne voyons pas comment nous aurions fait sans eux. On ne pouvait pas trouver mieux comme camp de base !
Nous rencontrons aussi An et Jean-Michel, les créateurs de ce petit paradis. Une belle émotion de pouvoir remercier de vive voix ce couple, qui a cru en nous dès le début en soutenant notre projet. Nous étions fiers de leur présenter un petit diaporama de notre voyage. La carte grande ouverte sur la table, nous passons également plusieurs heures avec Jean-Michel pour mutualiser nos connaissances sur les quatre pays traversés à vélo (état des routes, hôtels et guest-house existantes, nature et authenticité des paysages et de la population...bref, tous les bons plans patatounesques). La Ferme organise aussi la fête du vélo le 3 novembre. Celà commence d'abord le midi avec un marché Muong et un concours culinaire des ethnies environnantes. Débute alors un défilé de couleurs et de saveurs dans les jardins de la ferme. C'est encore l'occasion de rencontrer des personnes d'horizons différents car il y a beaucoup de monde.
La nuit tombe et An me dit qu'elle a prévu des costumes de fête pour Caro, moi et les enfants. Pourquoi pas. Je me mets sous une tonelle éclairée car tout s'assombrit sérieusement...Joseph s'échappe alors que j'aide Jeanne à fermer sa tunique bleue. Je laisse Jeanne en plan pour tenter de retrouver le lutin. Il y a encore du monde, Jacques et les copains sont à la maison Arequier. Je croise Tang, le Directeur de Vietnam Aventure, qui me dit : " Je cherche madame Chantal, j'ai une surprise pour elle". Une surprise ? Je me dis que c'est peut-être au sujet des coustumes ou encore d'un journaliste. Comment dire...ce n'est pas vraiment le moment : il y a Jeanne ... et Joseph ... "Heu, une surprise, où ça ?". "Ici !". J'aperçois d'abord trois jolies vietnamiennes qui répondent à mon regard interrogateur par un large sourire. Le quatrième personnage, que je distingue dans la pénombre, se cache le visage et le buste sous une veste. Sa silhouette menue ne laisse aucun doute : "CLAIRE ! Et bien ça pour une surprise, c'est une belle surprise !!". Et on s'embrasse tremblant encore sous le coup de l'émotion. Le lendemain matin, les 30 cyclistes s'élancent sur nos traces en démarrant le parcours de la Ferme jusque Vientiane, au Laos. C'est avec les cyclo-pousses de la Ferme que nous les accompagnons sur leurs premiers kilomètres... Là, les "vrais" cyclistes sont encore visibles devant nous. Les papas font tout ce qu'ils peuvent, mais rien à faire, on ne dépassera pas les 4 km. Ces 4 km nous permettent quand même de rejoindre la route principale. Nous faisons un petit tour de marché en costume traditionnel et rentrons tranquillement à la Ferme pour partager le dernier repas avec Tébatin.
Le départ de Tébatin vers le sud correspond, à quelques jours près, à notre retour vers le nord et la montagne. Il va donc vers le chaud et nous vers le froid. Nous nous en rendons compte au moment de refaire nos pactages. A la veille de passer à la poste y déposer un carton d'affaires hivernales pour Vesoul et d'affaires tropicales pour le sud de la France, nous réalisons qu'il y a sûrement d'autres combinaisons possibles.
Le reste de notre bazar inutile, mais que l'on voulait rapatrier en France, était quant à lui déjà reparti avec Danièle et Yvon. Ces derniers ayant laissé un vélo et une carriole sur place, pensaient repartir bien allégés. En regardant de plus prêt leur billet, ils s'étaient alors rendu compte qu'ils avaient droit à quatre bagages de 32 kg chacun. On les a donc aidé à atteindre les niveaux supérieurs autorisés. Mais il s'est avéré qu'à l'embarquement, le contrôleur leur a signalé quelques astérisques oubliés à l'édition des billets... je vous laisse découvrir le récit que Danièle nous a envoyé.
Le temps des séparations se poursuit, mais toujours pour de nouvelles tranches de vie. Ce sont maintenant les vélos que nous laissons à Vietnam Aventure et à la Ferme du Colvert, puisque ces derniers nous les rachètent. Ils repartiront donc pour d'autres voyages itinérants. Celui de Caroline est d'ailleurs déjà reparti dans un camion pour accompagner le groupe de cyclotouristes au Laos. Une ibex (remorque à bagages) restera également avec eux. Rappelez-vous que ces dernières nous ont été prêtées par notre partenaire Corsica Outdoor. Un arrangement corsico-vietnamien ayant été trouvé, nous reviendrons également allégés de ce poids supplémentaire ! Encore merci à Rémy d'avoir accepté le deal. La Ferme souhaitant élargir ses prestations pour des séjours familiaux, ils garderont aussi une carriole. Les notres n'étant pas disponibles, c'est celle de Danièle et Yvon qui emmènera les enfants des futures familles balladeuses. Sur cette partie du voyage, elle a plutôt servi à transporter les bagages. En France, elle servait à promener Simon, leur fiston. Auparavant, elle balladait Jeanne et Joseph à la journée, comme en petite virée itinérante (comme dans le Verdon, avec les Patates Clabaut).
Après moultes réflexions, nous laissons également notre carriole à Alex et Marion, nos amis de Bangkok, qui projettent un retour en France, en famille et à vélo ! Lorsqu'ils nous en ont parlé, l'idée nous a immédiatement séduit. Imaginer notre carriole repartir en voyage nous satisfait bien plus que de la voir moisir dans le garage pour quelques sorties du dimanche, et encore ... Aujourd'hui, Jeanne ne souhaite faire que du vélo sans roulette et la Corse n'est pas vraiment idéale pour les voyages itinérants en famille. C'est avec un petit pincement au coeur, mais une grande fierté que Jacques l'accompagne jusqu'à Hanoï, chez un ami d'Alex qui se rend à Bangkok trois jours plus tard...Prenez bien soin du carosse les copains !
La dernière chose que nous larguons à la Ferme ce sont nos tongues, au profit des doudounes et des après-skis. En effet, les courbes de températures nous annoncent un -18 °C, en moyenne au mois de décembre à Astana, capitale du Kazakhstan.
Vient le moment de quitter notre bulle paradisiaque pour retrouver Hanoï. Claire nous y rejoint le soir même. Ce sont les retrouvailles officielles et nous nous couchons après avoir discuté et bu du thé jusqu'à 4 heures du matin. Elle nous donne des nouvelles de tous nos amis corses ou ex-corses. Elle porte des courriers, des photos de nos proches et même du chocolat Grimaldi dans ses sacs. Cela nous projette aussi vers les joies du retour. N'ayant pas réussi à déposer suffisamment tôt nos documents pour obtenir nos visas de transit à l'ambassade de Russie, nous ne sommes plus contraints de rester pour les attendre. En effet, lors de notre passage à la baie d'Halong, Jean-Guillaume avait tenté de les déposer. En vain, il avait attendu plus de deux heures avant que les portes de l'ambassade ne se referment devant lui. Nous décidons donc de quitter le pays avant la date d'expiration de nos visas et conservons ainsi quelques jours supplémentaires au profit du Kazakhstan où nous tenterons d'obtenir ces derniers visas.
Quelques images d'Hanoï :
Après le musée, nous avons rendez-vous avec une amie qui nous avait beaucoup aidé à nous dépatouiller à Hanoï en février. Notamment pour nos paquets postés depuis la France et bloqués en douane. Xuan nous rejoint donc pour le thé vers 15 heures. Nous discutons toute l'après midi jusqu'à ce qu'elle nous dise que nous sommes invités à manger des nems chez sa maman. Cela contrarie quelques peu nos plans, mais on ne peut pas refuser une telle invitation. A 17 heures, nous montons tous les dix (Claire aussi) dans un même taxi pour nous rendre chez sa mère. Elle avait déjà préparé des nems, des nouilles, de la viande, des légumes et des fruits. Nous goûtons d'ailleurs un nouveau fruit. Il s'appelle "oeuf " en vietnamien, car il a la forme, la taille, la couleur et la texture du jaune d'oeuf. Xuan nous donne le noyau pour le conserver jusqu'en France et le planter dans notre jardin afin que l'on pense à elle quand il germera. Petit Challenge.
La veille de notre départ, Claire s'interroge sur la suite de son voyage... En effet, vu que nous quittons plus tôt que prévu le pays, elle n'est plus motivée pour rester à Hanoï. La baie d'Halong l'intéresse, mais pas seule et ce sont souvent des séjours pour des groupes qui sont proposés. Elle regrette de ne pas avoir pu nous rejoindre à vélo car elle se serait bien vu découvrir les campagnes les cheveux au vent. Une idée germe : et si elle rejoignait Tébatin pour quelques jours ? Il quitte le pays le 12 et elle reprend l'avion le 15. Un vélo pourrait être dispo pour elle à la ferme. Il y a des bus dans tous les sens au Vietnam. Un petit jeu de SMS et le rendez-vous est pris avec Tébatin pour le surlendemain. Finalement, c'est en train qu'il sera le plus pratique de le rejoindre. Le hic, c'est que le train ne passe pas du tout devant la Ferme. Jean-Guillaume passera la demi journée avec Claire pour essayer de trouver un vélo avec elle, sur Hanoï. Après avoir écumé la rue des loueurs de vélos, elle revient avec un vélo rouge flambant neuf, équipé d'un panier et d'un porte-bagages. Au final moins cher qu'en location et avec un contrat de rachat en option au retour (si retour il y a). Jean-Guillaume a donc revisité tous les magasins qu'il avait fait avec Jacques en février.
Et sur le quai de la gare :
Chantal -------------------------- |